—Reine! répondit Alda. Hélas! mon ami, il fut un temps où mon coeur présomptueux aurait palpité à ce mot; mais j'ai appris à connaître les vanités et les peines de la grandeur, et la plus haute dignité à laquelle j'aspire maintenant, c'est le titre de chrétienne."
C'était un nom que Mainos n'avait jamais entendu; mais du ton de révérence avec lequel Alda l'avait prononcé, il conclut que c'était une dignité au-dessus de celle de reine, et il répondit sur-le-champ: "Quel que soit le but auquel ton ambition aspire, ô Alda, sache que ce sera le plaisir et l'orgueil de Mainos de la satisfaire en toutes choses." Et vraiment il était étrange aux yeux du puissant capitaine que sa jeune compatriote pût, en effet, borner ses désirs à la possession d'une cabane dans la vallée, avec un jardin, un ruisseau, un troupeau de six chèvres et de six moutons, qui était ce qu'elle avait demandé, quand il aurait pu la combler de dons que la femme de César eût enviés.
Empressé cependant de se conformer même à ce qu'il regardait comme un caprice de jeune fille, Mainos s'occupa pendant plusieurs jours, avec un grand plaisir, à surveiller les travaux de la demeure champêtre d'Alda, qui fut construite par ses camarades, sous sa direction, avec des branches d'arbres entrelacées et étroitement serrées par des plantes flexibles, cimentée au dehors avec de la terre glaise, et couverte d'écorce d'arbre et de mousse.
Cette construction extérieure formait une habitation claire et commode, et elle précédait une petite grotte naturelle, située dans la partie rocheuse de la montagne, et dont l'entrée était habilement close par une porte fermant avec exactitude, et qui ne pouvait être aperçue par ceux auxquels était inconnue l'existence de la retraite qu'elle cachait.
Quand la petite cabane fut entièrement achevée, meublée et fournie de toutes les choses nécessaires au bien-être et à l'agrément de la vie d'une solitaire, Mainos, non sans un peu d'orgueil, conduisit sa jeune compatriote à l'endroit délicieux dans lequel elle était située, et la pria d'en prendre possession et d'y fixer sa demeure. Alda fut enchantée de cette belle et profonde solitude, ainsi que du pâturage qui l'entourait; et, montrant son petit troupeau, elle dit à Mainos: "Ne suis-je pas reine maintenant?
—Reine, noble Alda? répondit avec surprise son compatriote.
—Eh! reprit-elle en souriant et s'asseyant sur un monticule couvert de thym et de serpolet, voici mon trône; plus loin, mon palais; et voilà mes heureux et innocents sujets," ajouta-t-elle en lui montrant le petit troupeau, d'un blanc de neige, qui broutait les gazons verts et émaillés de fleurs, près d'un ruisseau transparent qui coulait au milieu de la prairie.
"D'après cela, dit Mainos, tous les bergers seraient des rois.
—Assurément, répondit Alda, s'ils voulaient voir le sort d'un berger du même oeil que je le vois en ce moment.
—La vie d'un berger peut avoir beaucoup de charmes pour ceux qui se contentent d'une vie obscure et sans gloire, dans l'aisance et la sécurité, dit Mainos; mais il faut des domaines, des richesses, du pouvoir, de la grandeur et une autorité souveraine pour être un monarque; et quel berger posséda jamais tout cela?