—Eh quoi! l'ami, le compagnon de mon noble père est-il devenu le chef d'une bande de voleurs? dit Alda du ton d'un profond regret.
—Princesse, pouvais-je prendre un autre parti? répliqua son compatriote. Mon coeur était attaché à ma terre natale; mais comment aurais-je pu y retourner sans vaisseaux? Je ne suis pas comme l'aigle, qui peut étendre ses puissantes ailes sur les vents et s'élancer sans crainte à travers les plaines de l'air. J'étais pour jamais éloigné de la Bretagne, et je trouvais un peuple et une patrie dans les montagnes de l'Italie; et le captif méprisé que Rome avait donné en spectacle à ses artisans, à ses insolents patriciens, a rendu son nom la terreur des plus fiers d'entre eux tous, depuis qu'il est devenu dans ces montagnes le capitaine d'une bande libre."
Alda voulait répondre; mais Mainos lui dit qu'elle devait avoir besoin de nourriture et de repos, et l'obligea à prendre sa part du repas abondant préparé sur la table. Quand elle eut apaisé sa faim, il fit appeler la meilleure parmi les femmes des bandits, aux soins de laquelle il confia pour la nuit sa jeune compatriote. Cette femme conduisit Alda dans un endroit retiré de la caverne, où elle trouva un lit moelleux de mousse sèche, et elle dormit profondément jusqu'au lendemain matin.
CHAPITRE X
L'Eglise peut errer dans le désert, mais Dieu nourrit toujours son enfant pèlerin.
(Mrs WEST.)
Lorsqu'Alda, à son lever, rejoignait son compatriote, elle le trouva fort empressé de connaître l'histoire de sa captivité et les détails de sa fuite. Elle les lui raconta, et il les écouta avec le plus vif intérêt. Plus d'une fois le fier Breton mit la main sur le manche de son poignard, et proféra des menaces de vengeance contre Marcus Lélius et sa fille, quand elle lui fit le récit de tous les mauvais traitements qu'elle avait reçus d'eux. Mais quand elle parla de la compatissante amitié dont sa généreuse compagne de captivité, sa bien-aimée Susanne lui avait donné tant de preuves, et qu'elle lui raconte dans un langage simple et touchant la mort de cette tendre et fidèle amie, puis lui dépeignit son amère douleur et son désolant abandon après ce triste événement, le brave guerrier ne rougit pas de mêler ses larmes à celles que versait encore la jeune Bretonne au souvenir de ces jours de douleur.
Et cette sympathie, Mainos ne fut pas seul à l'éprouver; car la troupe des proscrits assemblés autour d'eux écoutait dans une attention muette et avec des marques d'intérêt le récit que faisait Alda, exprimant par leurs gestes et leurs regards la rage, le chagrin, l'indignation et la pitié, suivant les différents sentiments que leur inspirait sa narration; et quand elle eut fini, ils la félicitèrent de sa fuite dans un langage grossier, mais sincère, et s'unirent à leur chef pour lui protester qu'elle trouverait au milieu d'eux un asile tranquille et sûr.
Mais Alda, quoique très-reconnaissante de la bonté qu'on lui témoignait, ne pensait pas qu'une caverne de voleurs fût pour elle l'habitation la plus convenable, et, après les avoir remerciés de leur sympathie et de leur bonne volonté, elle dit à Mainos que son désir était de trouver dans les montagnes une retraite paisible et solitaire, où elle pût vivre à l'abri des poursuites de Marcus Lélius et de tout visiteur incommode, et passer son temps dans les exercices de la dévotion et la contemplation des beautés de la nature.
Mainos comprenait très-peu ces sentiments; mais il lui répondit que, si tels étaient ses désirs, il lui ferait élever une cabane dans un endroit agréable, où elle pourrait jouir de la retraite et d'une parfaite liberté, et s'occuper de tout ce qui pourrait lui plaire. "Toutefois, ajouta-t-il, j'aimerais beaucoup mieux que vous voulussiez rester parmi nous, où tous les désirs de votre coeur seraient satisfaits aussitôt que connus, et où vous pourriez être notre reine, si vous le vouliez.