En ce moment un homme assez avancé en âge, mais d'une stature et d'un air majestueux, sortit de l'intérieur de la caverne et demanda la cause de tumulte. Alda, s'apercevant aussitôt, à la manière respectueuse dont les brigands se reculaient à son approche, qu'il devait être leur chef, arracha son bras de l'étreinte de Lupus, et, se jetant à ses pieds, implora sa protection.

"De quel pays êtes-vous, jeune fille? demanda-t-il; vous parlez avec un accent qui frappe doucement mon oreille, et me rappelle ma terre natale.

—Vous êtes Breton, s'écria Alda avec joie; je reconnais aussi l'accent de mon pays, quoique vous parliez une langue étrangère.

—Et qui vous amène si loin de l'île verdoyante de l'Occident?" dit le chef des brigands en attachant sur le beau visage d'Alda un regard scrutateur.

Des larmes remplirent les yeux de la jeune Bretonne tandis qu'elle répondait: "Quand le général romain Paulinius vainquit les armées de la reine des Junis, je partageai la ruine de mon père; je fus captive avec mon vaillant père Aldogern, et amenée à Rome.

—Enfant de mon ancien ami et de mon chef respecté! s'écria le chef des brigands: puis-je croire, en vérité, que je revois la noble Alda, que j'ai, dans son enfance, si souvent portée dans mes bras? As-tu, mon enfant, oublié Mainos, qui commandait sous ton père dans cette désastreuse bataille?

—Non pas, maintenant que regarde avec plus de calme ces traits qui m'étaient autrefois si familiers, reprit Alda. Pardonnez-moi d'avoir été si longtemps à vous reconnaître, et dites-moi par quelle étrange destinée nous sommes amenés tous deux en cet endroit si éloigné de notre Bretagne.

—Vous ne pouvez avoir oublié, noble Alda, que j'ai partagé la captivité de votre vaillant père, et que j'ai été condamné, comme lui et vous-même, à faire partie du triomphe de nos ennemis.

—Hélas! dit Alda, mes cruelles angoisses pour les souffrances et la mort de mon père étaient comme un gouffre dans lequel tous les autres souvenirs de tendresse ou de douleur ont été engloutis. Mais quelle a été votre destinée après qu'on vous eut séparé de nous?

—L'esclavage, reprit Mainos; mais mon âme libre ne pouvait se soumettre à la servitude des Romains. Je brisai leurs chaînes, je m'enfuis dans ces bois et ces déserts, où j'eus le bonheur de devenir le chef d'une bande de braves proscrits, natifs de différents pays, unis dans la haine de Rome, quoique nous comptions parmi nous plus d'un Romain exilé.