Elle marcha toute la journée, sans s'écarter pour trouver quelque nourriture; mais, malgré tous ses efforts, la nuit la surprit à une grande distance encore d'aucun lieu de refuge. Alors elle monta sur une colline pour mieux voir au loin, et aperçut un parti de soldats romains sur la route de Tusculum. Elle s'enfonça promptement dans un bois épais pour les éviter, dans le cas où elle serait l'objet de leurs recherches, comme elle se l'imaginait, s'exagérant l'importance de sa perte. Cependant, quand ce moment d'effroi fut passé, elle commença, en dépit de son courage et de son énergie, à ressentir très-péniblement la faiblesse et la fatigue qui résultaient de sa longue marche et de la privation de toute nourriture; et, comme les ombres de la nuit s'épaississaient autour d'elle, elle se repentit d'avoir quitté la plaine pour se perdre dans les labyrinthes de la forêt, et se fût trouvée heureuse d'obtenir un abri dans la hutte la plus misérable ou la grotte la plus solitaire: car il lui semblait plus que probable que ces bois sombres étaient un repaire de brigands et infestés par les bêtes féroces. Cette dernière supposition se confirma bientôt d'une manière effrayante, par le son lugubre des hurlements que poussaient les loups en descendant des montagnes qui entouraient ces lieux sauvages.

Une obscurité complète enveloppa bientôt Alda, qui ne savait de quel côté tourner ses pas, et pour la première fois son courage l'abandonna. Accablée de fatigue, épuisée par la faim, embarrassée dans les broussailles et les bruyères qui l'arrêtaient à chaque pas, écorchaient ses pieds ou la faisaient tressaillir en accrochant ses vêtements, elle se sentit atteinte de découragement et de terreur, et pria dune voix élevée, non les esprits des bois et des collines, divinités fabuleuses de son pays, auxquelles, par un étrange retour des superstitions de son enfance, elle était tentée de demander secours dans ce moment suprême, mais Celui qui est fort pour sauver, et dont l'aide ne peut manquer au faible qui place toute sa confiance dans sa protection.

A peine sa prière était-elle achevée, qu'Alda aperçut à quelque distance une lumière qui brillait entre les arbres. Sans la moindre hésitation, la pauvre fugitive se guida sur cette lueur bienfaisante, se frayant à grand'peine, avec une énergie nouvelle, un passage à travers les obstacles de tout genre, et elle découvrit enfin que la lumière venait de l'intérieur d'une grotte creusée au pied d'une colline. Les éclats d'une joie bruyante, accompagnée par moments de chants grossiers, partaient de l'intérieur, et frappèrent les oreilles d'Alda. Elle se retourna promptement pour reprendre sa course; mais quand elle entendit les hurlements sauvages des loups, mêlés aux cris plaintifs des faibles animaux qu'ils saisissaient dans les bois ou dans la plaine, glacée de terreur, elle résolut de se jeter sous la protection des habitants de la grotte. Elle fit quelques pas en avant; puis s'arrêta de nouveau, à la vue d'une troupe d'hommes armés, vêtus de peaux de bêtes, et de la plus sinistre apparence, assis autour d'une grossière table de bois, sur laquelle étaient étalés différents mets, du vin et des fruits secs.

Des branches de pin enflammées et placées en guise de flambeaux dans les fentes de la caverne jetaient une lueur rougeâtre sur le visage des brigands (car Alda ne pouvait leur donner un autre nom), et, en jetant un regard consterné sur ces physionomies sauvages, elle se repentit de s'être autant hasardée. Alors elle voulut fuir; mais il était trop tard. Elle avait été aperçue, et toute la troupe l'entoura en poussant des cris qui la firent tressaillir. Un de ceux qui paraissaient les plus farouches lui saisit le bras, et lui demanda ce qu'elle voulait, d'un ton qui la remplit de terreur et lui ôta la faculté de répondre, tandis que les autres, frappés de surprise et d'admiration à la vue de sa jeunesse, de sa beauté, et de la simple et noble dignité de ses traits et de son maintien, la regardaient avec une curiosité non moins inquiétante pour elle que la sauvage grossièreté de celui qui la retenait.

"Ayez pitié de moi! s'écria-t-elle enfin: je suis étrangère, orpheline et esclave; en fuyant une maîtresse cruelle, je me suis égarée dans cette forêt; puis, effrayée par les hurlements des loups, j'ai cherché un refuge dans cette caverne. Si j'ai eu tort, je vous supplie de me pardonner.

—Si tu as dit la vérité, jeune fille, reprit le brigand qui la tenait par le bras, nous te protégerons; et, comme tu es jeune et belle, je pense que je te prendrai pour femme; car il y a longtemps que je désire en avoir une pour faire ma cuisine, coudre mes habits et me rendre une foule de petits services dont je suis las de m'acquitter moi-même.

—Un instant, un instant, Lupus! s'écrièrent à la fois plusieurs de ses camarades; tu n'as aucun droit à t'approprier ce butin: il y en a d'autres parmi nous qui désirent une femme tout aussi bien que toi.

—Je la tuerais de mes propres mains avant de la céder à un autre, répondit le féroce Lupus.

—Il vaudrait mieux, en effet, que la jeune fille fût tuée, que de la voir devenir une cause de discorde entre nous," dit un des brigands en dégaînant son poignard avec un air de sombre résolution.

Alda jeta un cri perçant, et s'écria dans sa langue natale: "Dieu de miséricorde, venez au secours de votre servante dans ce terrible danger!"