Les deux jeunes personnes écoutaient avec le plus vif intérêt les morceaux qu'Aurélius choisissait pour les instruire. Quand il en vint à lire, depuis le commencement jusqu'à la fin, la belle et pathétique histoire de Joseph et de ses frères, toutes les deux pleurèrent à chaudes larmes, principalement à cet endroit où Joseph, avec cette bonté touchante et vraiment angélique envers ses frères coupables et repentants, leur dit, pour soulager le poids de leurs remords: "Maintenant ne soyez pas affligés, ne vous faites pas de reproches de m'avoir fait venir ici; car Dieu m'a envoyé devant vous pour vous sauver la vie." Alors Alda, animée d'un sentiment semblable, attira vers elle la triste Lélia, et, appuyant sa main sur son épaule, baisa sa joue pâle et humide de larmes en lui disant: "N'en est-il pas de même entre nous, ma soeur? Je t'en prie donc, ne pleure plus, et cesse de t'accuser de ce qui est arrivé dans le passé."

Lélia ne répondit que par ses pleurs; mais Aurélius s'aperçut ave joie que l'histoire avait produit l'effet désiré en touchant une corde sensible dans son âme, et en faisant jaillir la source qui paraissait tarie au fond de son triste coeur.

Quand Aurélius eut terminé l'histoire de Joseph, il continua d'expliquer à Lélia, comme ressortant des saintes Ecritures, les consolantes doctrines de la foi chrétienne, et lui fit connaître les conditions auxquelles la rémission des péchés et le bonheur éternel étaient promis aux hommes.

Lélia, devant qui toute perspective des joies de la terre avait fui pour toujours, sentait un nouvel et tremblant espoir naître dans son coeur en écoutant les paroles du vénérable ambassadeur de paix. Les plaisirs avaient été l'unique affaire de sa vie, et le bonheur son seul but; mais elle avait cru le trouver où il n'était pas; c'était une recherche sans fruit, commencée dans la folie et terminée dans le désespoir.

Elle avait bu à la coupe de l'ambition et des grandeurs mondaines, et, quoiqu'elle lui eût paru douce au goût, le breuvage était devenu bien amer. Puissance, luxe, richesse, quoique bien jeune, elle avait joui de tout cela; cependant elle ne trouvait aucune satisfaction à se rappeler le passé; et même, quand ces biens étaient en sa possession, elle avait été souvent sur le point de s'écrier comme le royal prophète: "Tout cela n'est que vanité et affliction d'esprit!"

Fatiguée, accablée de cette inquiétude qui est l'ennemie mortelle de l'âme, oppressée par la douleur qui donne la mort, elle voyait pour la première fois l'aurore de cette lumière à la clarté de laquelle elle pouvait trouver le chemin qui conduit à un meilleur héritage, et elle la salua comme le phare qui allait enfin guider sa barque battue par la tempête vers le port où elle devait trouver la paix.

Un calme semblable à celui qui se répand sur les flots agités après qu'ils ont été longtemps poussés par la violence tyrannique des vents succéda à la sombre tristesse qui consumait le coeur de la jeune Romaine. Elle se résigna aux volontés de son Père céleste, car elle se réfugiait au pied de la croix, et là elle trouva le repos et la tranquillité que le monde ne peut jamais donner.

Il lui tardait d'être admise par le baptême dans le sein de l'Eglise catholique; mais, comme sa santé n'était pas assez bien rétablie pour qu'elle pût entreprendre le petit trajet du vallon où était établie la colonie chrétienne, Aurélius lui imposa une préparation de quelques jours de plus. Pendant ce temps-là il visita souvent les deux jeunes amies, afin de terminer l'instruction de Lélia.

Ce furent pour eux tous des jours de sainte joie et de sérénité. Mainos, le chef breton, qui avait abandonné sa vie de brigandages, se joignit à eux; il écoutait avec un vif intérêt de la bouche d'Aurélius les vérités qu'Alda avait tant essayé de lui faire connaître, et enfin il lui donna tout le bonheur auquel elle pouvait aspirer, en lui annonçant qu'il se convertissait à la foi chrétienne et qu'il désirait recevoir le baptême. Aurélius fixa pour cette cérémonie le dimanche suivant, qui était le jour où Lélia devait être admise dans le sein de l'Eglise visible de Jésus-Christ.

CHAPITRE XIV