Alda, au contraire, qui avait souffert de sa longue retraite et des nuits passées au chevet de la jeune Romaine, se sentit ranimée par le souffle d'un air frais et pur, et par les doux rayons du soleil levant, qui égayaient tout le paysage. Pour elle, l'ondulation des vertes forêts qui étaient à ses pieds, le joyeux chant des oiseaux, le vol du léger papillon et le bourdonnement des abeilles sauvages étaient des sensations remplies de délices, qui la reportaient en esprit vers sa terre natale et les scènes les plus chères de son enfance.

Quelquefois elle s'arrêtait pour cueillir les renoncules de la montagne et les autres fleurs semées sous ses pas, avec le même sentiment de plaisir qu'elle avait trouvé, étant petite fille, à faire des bouquets de primeroses, de violettes et de roses sauvages dans sa Bretagne.

Ce ne fut pas sans surprise que la jeune patricienne, qui avait été élevés au sein du luxe et des richesses, et ne s'était jamais formé l'idée d'un bonheur qui ne prît pas sa source dans l'ambition, le faste ou la volupté, vit la simple et jeune enfant de la nature trouver tant de jouissances à cueillir une poignée de fleurs sauvages; tandis qu'elle réfléchissait silencieusement sur un fait si nouveau pour elle, la jeune Bretonne poussa un cri de joie, car elle venait de découvrir une touffe de violettes, et, saisissant une des modestes fleurs, elle s'écria: "Petite fleur de mon pays, es-tu donc comme moi habitante d'une terre étrangère!"

Il y avait des transports dans le ton et le regard d'Alda; mais l'instant d'après ses yeux se mouillèrent de pleurs, et la fleur fut bientôt humectée de ses larmes. Alors cependant, comme si elle eût été honteuse de son émotion, elle se hâta d'essuyer les gouttes brillantes qui tombaient de ses longs cils; et, s'apercevant que Lélia paraissait fatiguée, elle la conduisit vers un petit tertre couvert de mousse, sous l'ombre épaisse d'un grand marronnier. Là elle la fit asseoir, puis, se plaçant à ses pieds, se mit à tresser des guirlandes de fleurs sauvages pour l'amuser, et essaya de dissiper sa mélancolie par une conversation vive et enjouée.

Mais ce n'était pas ce qui convenait à la situation de Lélia, ni à la disposition de son âme; la jeune Bretonne, qu'elle aimait, était pour elle à la fois un objet d'intérêt et de curiosité, et elle la pria, non sans quelque émotion, de lui raconter son histoire tout entière, avec les détails de sa fuite. Alda hésita pendant quelque instants, car sa délicatesse naturelle lui disait qu'il y avait dans ce récit bien des choses qui devaient nécessairement être pénibles pour Lélia; mais celle-ci insistant, elle crut devoir la satisfaire.

Lélia fut très-touchée de la relation simple et pathétique de la jeune Bretonne, et quand elle fut terminée, elle lui demanda s'il était vraiment possible qu'elle lui pardonnât toutes les injures et les mauvais traitements qu'elle avait reçus d'elle.

"Je voudrais, Lélia, que le souvenir de toutes ces choses fût aussi complétement effacé de ton esprit que tout ressentiment est maintenant loin de mon coeur," répondit Alda en lui pressant tendrement la main.

Lélia, profondément touchée de la généreuse conduite d'Alda, lui révéla à son tour la cause secrète de ses propres chagrins.

"Oh! que ne pouvez-vous apercevoir la main de Dieu dans cette affliction qui pèse si douloureusement sur votre coeur rebelle, ma fille!" dit Aurélius, qui venait d'arriver, et qui avait involontairement entendu assez de la conversation pour comprendre la nature des peines de Lélia. Celle-ci, confuse, baissa les yeux vers la terre, et continua de pleurer en silence.

Le vieillard s'assit auprès d'elle, et, lui prenant la main, il lui dit: "Vous vous affligez maintenant, et vous refusez d'être consolée pour la perte de ce qui vous a été enlevé par votre Père céleste dans sa sagesse et sa miséricorde. Croyez-moi, mon enfant, le temps viendra où vous reconnaîtrez le peu de valeur de ce que vous pleurez maintenant, de ce qui ne pouvait jamais satisfaire les désirs d'un esprit immortel." Alors, voyant qu'elle était trop péniblement agitée pour supporter une plus longue allusion à la cause de sa douleur, il tira de son sein le livre sacré des saintes Ecritures, et commença à lire quelques-unes des belles histoires qu'il contient, pour distraire Lélia de la vaine et triste pensée de ses propres chagrins, et en même temps pour instruire les deux jeunes filles sur ces pieux sujets; car Alda ne possédait aucun livre, et, quand elle en aurait eu, elle n'aurait pas encore su les comprendre. Toutes ses connaissances générales de l'histoire sainte venaient des instructions orales qu'elle avait reçues de Susanne; elle savait par coeur une partie de l'Ancien Testament et des Evangiles, et en répétait souvent des passages à haute voix; quant à Lélia, elle avait tout à apprendre sur ce sujet.