Aurélius, qui, comme Alda, avait passé la nuit sans fermer les yeux, éveilla ses compagnons avant le second chant du coq; mais, observant avec compassion les traces croissantes de la souffrance sur le visage de la jeune Romaine, au moment où ses traits étaient éclairés par les premiers rayons du soleil levant, et la pâleur mortelle répandue sur ses joues, il ne voulut pas permettre qu'on troublât le profond repos dans lequel elle était ensevelie. Elle ne se réveilla donc que lorsque ses compagnons de captivité, ayant terminé leurs actes d'adoration et de prières, entonnèrent l'hymne suivant:

Tu peux, Seigneur, apporter le baume de l'espérance
Aux coeurs brisés par la douleur,
Et la foi, guidée par tes lumières,
Ouvre ses ailes et prend son essor vers le Ciel.

Tu peux, de ton sourire,
Eclairer le plus noir cachot,
Et faire éclore la rose
Dans le plus aride désert.

Tu peux verser sur le captif condamné à mort
Les torrents d'une gloire intarissable,
Et lui enseigner à franchir avec joie
Le seuil redouté de la mort.

Et maintenant nos âmes, réveillées,
Se préparent à quitter le séjour d'ici-bas;
Et, délivrées des soins et des maux de la terre,
A voler vers toi, ô mon Dieu!

Avec toi, Seigneur, sont la paix et la joie
Et l'éternel repos;
Et la béatitude, sans mélange d'aucune peine,
Est le partage des bienheureux.

Lélia se leva précipitamment quand la mélodie sacrée cessa, semblant s'évanouir dans le ciel, et se jeta dans les bras d'Alda en s'écriant: "Alda, ma soeur, y sommes-nous déjà?

—Où, Lélia? demanda sa compagne en l'embrassant à son retour.

—Au ciel, Alda, sans doute; je rêvais dans ce moment même que le terrible combat était fini, et j'entendais les chants séraphiques des esprits bienheureux, auxquels sous semblions nous joindre tous.

—C'était un songe, jeune fille, qui se réalisera promptement pour vous et pour nous tous, dit Aurélius, à moins, et Dieu nous en préserve, qu'il ne se trouve quelqu'un parmi nous qui puisse faiblir en vue du ciel.