—Mais, dit Alda d'un air pensif, comment se peut-il que nous ayons si terriblement encouru son déplaisir, qu'il nous ait ainsi donnés en proie aux fils de l'étranger?
—Vous l'offensez journellement par le culte idolâtre que vous lui rendez, quoique jusqu'ici vous ayez péché par ignorance.
—C'est faux! s'écria Alda avec colère; nous l'adorons respectueusement et en vérité, suivant les rites et les observances qui nous ont été prescrits par les druides.
—Quand l'aveugle se laisse guider par un aveugle, tous deux ne tombent-ils pas?" dit Susanne.
Alda fut à la fois surprise et très-offensée de cette remarque. "Vous pourriez, dit-elle, appliquer avec plus de justice cette observation aux ignorants et superstitieux Romains qui, pour obéir à leurs pontifes menteurs, s'inclinent devant l'ouvrage de leurs propres mains, tels que sont ces pauvres débris, objets du culte de Marcus Lélius et de sa fille," ajouta-t-elle en montrant les morceaux épars des Lares et des Pénates, et souriant dédaigneusement.
"Ta propre croyance, Alda, quoique moins grossière et moins ridicule, est aussi erronée, aussi éloignée de la vérité que celle des Romains.
—Comment cela peut-il se faire, quand je m'attache fermement à la foi qui nous a été inculquée par les druides eux-mêmes? par ces saints hommes qui, dans la profonde solitude de leurs grottes sacrées, reçoivent personnellement la communication des volontés des suprêmes puissances qui ont formé toutes choses, et par la divine sagesse desquelles toutes choses sont gouvernées. Et pensez-vous qu'ils puissent errer, eux qui sont honorés d'un commerce intime avec ceux qui dirigent le cours des astres, du soleil et de la lune, qui tracent les sentiers invisibles des vents, et qui commandent le flux et le reflux du puissant Océan?
—Non-seulement, Alda, ces hommes errent, mais ils commettent le crime de faire errer les autres, en les trompant par la prétention fabuleuse de révélations d'en haut qu'ils n'ont jamais reçues."
Alda, remplie d'indignation et avec toute l'éloquence dont elle était capable, essaya de convaincre Susanne de la vérité, de la pureté et de l'excellence de la théologie des druides; et, irritée par la froideur avec laquelle Susanne réfutait des arguments sans autres fondements que de simples attestations dénuées de preuves, elle conclut en disant: "Il vous convient de considérer les calamités qui sont tombées sur les Bretons comme un témoignage de la colère divine, parce que votre culte n'est pas d'accord avec le nôtre. Je ne sais quelle est votre croyance, et je ne désire pas le savoir: car, si elle est si agréable à Celui qui dirige tous les événements de ce monde, d'où vient que je vous vois enveloppée dans des infortunes semblables au miennes, exilée sur une terre étrangère, loin de votre pays, de votre famille, et assujettie à la cruelle tyrannie d'un maître romain?
—Quelle que soit la volonté du Seigneur, elle est agréable aux yeux de sa servante, répondit Susanne avec douceur. Eh! qu'importe, si c'est son plaisir de me conduire, à travers un sentier semé d'épines, dans les régions d'un éternel bonheur; s'il veut faire de moi l'un des humbles instruments destinés à répandre sa glorieuse lumière sur une terre couverte des ténèbres de l'idolâtrie, et même dans cette orgueilleuse ville de Rome, où jusqu'à ce moment la clarté céleste répand à peine quelques faibles rayons! Qui sait, Alda, si toi-même n'as pas été conduite ici, au milieu de tant de douleurs, afin d'être instruite de ces vérités, qui concernent ton éternelle paix?"