"Oh! s'écria-t-elle, que ne puis-je réellement vous faire comprendre les sentiments dont mon esprit s'enflamme par l'espoir de rejeter cette dépouille terrestre, ce misérable corps, qui n'est plus capable d'obéir aux libres impulsions de mon âme, mais qui a été dégradé par les chaînes et les flagellations d'un maître romain!" Alors, devenue furieuse par le souvenir des cruels traitements qu'elle avait soufferts, elle ajouta avec emportement: "Pourquoi l'arme de la vengeance n'est-elle pas entre mes mains, et que ne puis-je arracher la vie au tyran Marcus Lélius et à sa fille!

—Tu ne voudrais assurément pas commettre le crime abominable d'un meurtre!" dit Susanne en frissonnant, et en détournant ses regards de la terrible expression qui animait les yeux flamboyants d'Alda.

"Si! je voudrais être vengée de ces ennemis de mon pays, même quand je serais condamnée à payer, un moment après, ma vengeance d'une mort pleine de tortures; car la mort est pour moi une nouvelle vie, et je puis sans une plainte supporter les tortures. Oui, j'ai prouvé aujourd'hui même à ces barbares Romains que je puis endurer les pires effets de leur méchanceté sans qu'il m'échappe un cri!

—Malheureuse Alda! reprit sa compagne d'infortune; malheureuse d'être tombée dans des mains si cruelles, mais plus véritablement digne de pitié d'être assujettie à un esclavage plus dur que le leur: celui des puissances du mal, qui excitent tes propres passions jusqu'à en faire les instruments de ton éternelle ruine.

—Vous parlez en énigmes, dit Alda avec impatience, je ne connais d'autres puissances du mal que les Romains.

—Penses-tu, Alda, que les Romains puissent faire d'eux-mêmes les choses qui ont encouru ta haine? Sont-ils plus braves que tes compatriotes, pour prévaloir ainsi sur eux?"

Alda répondit vivement que les Bretons étaient d'une taille plus élevée, d'un tempérament plus robuste, et qu'ils avaient certainement un caractère plus résolu que les Romains, puisque rien ne pourrait les contraindre à se soumettre à des outrages tels que ceux dont l'empereur Néron accablait ses meilleurs et ses plus puissants sujets.

"Comment se fait-il donc que ces esclaves abjects d'un homme qui n'est distingué ni par de grands faits d'armes, ni par une sagesse supérieure, soient devenus les maîtres absolus de tes libres, fiers et vaillants compatriotes?" demande Susanne.

Alda baissa les yeux et réfléchit profondément pendant quelques instants; enfin elle répondit: "C'est parce que l'arbitre souverain des dieux et des hommes nous regarde avec colère: sûrement nous l'avons offensé, et il souffre que nos ennemis triomphent de nous, en punition de nos fautes.

—Tu as raison Alda, dit Susanne; car sans sa permission les Romains n'auraient pu faire ces choses. La victoire n'est pas toujours au plus fort, ni le prix de la course au plus agile.