Sévère eut une pitié infinie du pauvre diable, comprit que tous, à la Corne, devaient se tenir claquemurés, en proie à la même croissance de terreur que les Maîtres.
—Laisse, Victor! fit-il ... On les retrouvera.
Victor s’approcha, se tenant aux arbres, puis à la muraille, aux volets. Il demanda;
—Est-ce vrai, Monsieur, que la «roge aigue» va venir?...
Sévère hésita, gardant la pudeur de son intelligence et de son doute au milieu du lugubre des événements, mais Luce ne put se taire.
—Oui, Victor!
Un silence tomba, noir, les trois êtres égaux par la sensation du surhumain; et pourtant Sévère scrutait encore, se questionnait sur les rapports du phénomène et des Météorites. Il contemplait la pluie croissante des Étoiles, le ruissellement de suprême beauté aux profondeurs de l’Impondérable. Une observation nouvelle l’effarait: que le triste fragment de Lune au bas de l’horizon ne pouvait donner la lumière qui persistait sur le paysage. Et contre l’Occident, il regarda le satellite disparaître, sa convexité prête à crouler, tout contre l’Occident. Quelques minutes encore, puis il disparut: la lueur persistait sur le plateau Tornadres, comme émanée du Zénith, à peine de quelques degrés au septentrion ainsi que l’indiquait son ombre. Était-ce donc du Zénith que venait le prodige? Il y tourna son visage, lentement. Là, une lueur d’améthyste, une lueur lenticulaire, s’étalait finement comme une nue en flèche, avec un maximum d’éclat vers le Nord. Et Sévère songea que ces choses eussent été douces à regarder sans l’horripilation de sa chair, la menace sépulcrale, le pressentiment de mort qui tombait du Ciel sur la Terre ...
III
APPARITION DE L’AIGUE
—Regardez! fit Luce.