A son tour, elle apercevait la lueur, plus émue que Lestang, la désignait du doigt. Victor, accroché dehors, à la fenêtre, tremblait de fièvre, comme ivre, et revenait à lui avec des soupirs, par intervalles, des redoublements d’horreur.
La lueur, en haut, grandissait. À mesure, le chuchottis de voix firmamentaires s’éteignait, un silence énorme pesait sur le plateau Tornadres. Puis, délicate d’abord, une lumière d’en bas parut répondre à l’autre, des franges légères flottant sur la cime des arbres, sur toutes les plantes. C’était d’une navrance délicate et farouche. Aux trois personnages si dissemblables, il vint une impression presque identique de lampes funéraires, de bûcher, d’incendie immense où allait s’engloutir Tornadres et tous ceux qui l’habitaient.
Luce râlait, à peine consciente; il lui vint une grande plainte:
—Oh! j’ai soif!
Il se tourna vers elle; la tendresse de son cœur, son amour pour la Celte montagnarde, lui rendit la force.
Il lutta contre son désir de ne plus bouger, de finir là son existence, à la fenêtre, avec l’allège entre ses poings. Ballottant, il alla prendre un verre d’eau. Et il se questionnait encore, il s’étonnait que l’atmosphère fut fraîche, presque froide, malgré tout ce subtil incendie du ciel et de la terre.
Il rapporta l’eau avec une peine infinie; le verre et sa main étaient si légers qu’il n’avait pas la sensation de tenir quelque chose, qu’il serrait de toute sa force le pied de la coupe.
Il perdit la moitié du liquide en route.
Luce but une gorgée, la rejeta, dans une nausée:
—C’est comme de la poudre de fer ... comme de la rouille!