Alors, les prêtres en tête, tout un peuple marcha à travers les bois. Dans l’après-midi, vers trois heures, le héros de Pjehou arrêta la multitude. La grande clairière roussie par l’automne, un flot de feuilles mortes cachant ses mousses, s’étendait avec majesté; sur les bords de la source, les prêtres aperçurent ce qu’ils venaient adorer et apaiser, les Formes. Elles étaient douces à l’œil, sous l’ombre des arbres, avec leurs nuances tremblantes, le feu pur de leurs étoiles, leur tranquille évolution au bord de la source.

—Il faut, dit le grand-prêtre suprême, offrir ici le sacrifice: qu’ils sachent que nous nous soumettons à leur puissance!

Tous les vieillards s’inclinèrent. Une voix s’éleva, cependant. C’était Yushik, de la tribu de Nim, jeune compteur d’astres, pâle veilleur prophétique, de renommée débutante, qui demanda audacieusement d’approcher plus près des Formes.

Mais les vieillards, blanchis dans l’art des sages paroles, triomphèrent: l’autel fut construit, la victime amenée—un éblouissant étalon, superbe serviteur de l’homme. Alors, dans le silence, la prosternation d’un peuple, le couteau d’airain trouva le noble cœur de l’animal. Une grande plainte s’éleva. Et le grand-prêtre:

—Êtes-vous apaisés, ô dieux?

Là-bas, parmi les troncs silencieux, les Formes circulaient toujours, se faisant reluire, préférant les places où le soleil coulait en ondes plus denses.

—Oui, oui, cria l’enthousiaste, ils sont apaisés!

Et saisissant le cœur chaud de l’étalon, sans que le grand-prêtre, curieux, prononçât une parole, Yushik se lança par la clairière. Des fanatiques, avec des hurlements, le suivirent. Lentement, les Formes ondulaient, se massant, rasant le soi, puis, soudain, précipitées sur les téméraires, un lamentable massacre épouvanta les cinquante tribus.

Six ou sept fugitifs, à grand effort, poursuivis avec acharnement, purent atteindre la limite. Le reste avait vécu et Yushik avec eux.

—Ce sont des dieux inexorables! dit solennellement le suprême grand-prêtre.