Alors, les prêtres, au désespoir, consacrèrent la forêt, défendirent à quiconque d’y entrer. Et deux étés s’écoulèrent.
Une nuit d’octobre, le campement endormi de la tribu Zulf, à deux portées d’arc de la forêt fatale, fut envahi par les Formes. Trois cents guerriers perdirent encore la vie.
De ce jour une histoire sinistre, dissolvante, mystérieuse, alla de tribu en tribu, murmurée à l’oreille, le soir, aux larges nuits astrales de la Mésopotamie. L’homme allait périr. L’autre, toujours élargi, dans les forêts, sur les plaines, indestructible, jour par jour dévorerait la race déchue. Et la confidence, craintive et noire, hantait les pauvres cerveaux, à tous durement ôtait la force de lutte, le superbe optimisme des jeunes races. L’homme errant, rêvant à cela, n’osait plus aimer les somptueux pâturages natals, cherchait en haut, de sa prunelle accablée, l’arrêt des constellations. Ce fut l’an mil des peuples enfants, le glas de la fin du monde, ou, peut-être, la résignation de l’homme rouge des savanes indiennes.
Et dans cette angoisse, les primitifs méditateurs venaient à un culte amer, un culte de mort que prêchaient de pâles prophètes, le culte des Ténèbres plus puissantes que les Astres, des Ténèbres qui devaient engloutir, dévorer la sainte Lumière, le feu resplendissant. Partout, aux abords des solitudes, on rencontrait immobiles, amaigries, des silhouettes d’inspirés, des hommes de silence, qui, par périodes, se répandant parmi les tribus, contaient leurs épouvantables rêves, le Crépuscule de la grande Nuit approchante, du Soleil agonisant.
IV
BAKHOUN
Or, à cette époque, vivait un homme extraordinaire, nommé Bakhoûn, issu de la tribu de Ptuh et frère du premier grand-prêtre des Zahelals. De bonne heure, il avait quitté la vie nomade, fait choix d’une belle solitude, entre quatre collines, dans un mince et vivant vallon où roulait la clarté chanteuse d’une source. Des quartiers de rocs lui avaient fait la tente fixe, la demeure cyclopéenne. La patience, l’aide ménagée des bœufs et des chevaux, lui avaient créé l’opulence, des récoltes réglées. Ses quatre femmes, ses trente enfants, y vivaient de la vie d’Éden.
Bakhoûn professait des idées singulières, qui l’eussent fait lapider sans le respect des Zahelals pour son frère aîné, le grand-prêtre suprême.
Premièrement, il croyait que la vie sédentaire, la vie à place fixe, était préférable à la vie nomade, ménageant les forces de l’homme au profit de l’esprit;
Secondement, il pensait que le Soleil, la Lune et les Étoiles n’étaient pas des dieux, mais des masses lumineuses;