Troisièmement, il disait que l’homme ne doit réellement croire qu’aux choses prouvées par la Mesure.
Les Zahelals lui attribuaient des pouvoirs magiques, et les plus téméraires, parfois, se risquaient à le consulter. Ils ne s’en repentaient jamais. On avouait qu’il avait souvent aidé des tribus malheureuses en leur distribuant des vivres.
Or, à l’heure noire, quand apparut la mélancolique alternative d’abandonner des contrées fécondes ou d’être détruites par des divinités inexorables, les tribus songèrent à Bakhoûn, et les prêtres eux-mêmes, après des luttes d’orgueil, lui députèrent trois des plus considérables de leur ordre.
Bakhoûn prêta la plus anxieuse attention aux récits, les faisant répéter, posant des questions nombreuses et précises. Il demanda deux jours de méditations. Ce temps écoulé, il annonça simplement qu’il allait se consacrer à l’étude des Formes.
Les tribus furent un peu désappointées, car on avait espéré que Bakhoûn pourrait délivrer le pays par sorcellerie. Néanmoins, les chefs se montrèrent heureux de sa décision et en espérèrent de grandes choses.
Alors, Bakhoûn s’établit aux abords de la forêt de Kzour, se retirant à l’heure du repos, et, tout le jour, il observait, monté sur le plus rapide étalon de Chaldée. Bientôt, convaincu de la supériorité du splendide animal sur les plus agiles des Formes, il put commencer son étude hardie et minutieuse des ennemis de l’Homme, cette étude à laquelle nous devons le grand livre anti-cunéiforme de soixante grandes belles tables, le plus beau livre lapidaire que les âges nomades aient légué aux races modernes.
C’est dans ce livre, admirable de patiente observation, de sobriété, que se trouve constaté un système de vie absolument dissemblable de nos règnes animal et végétal, système que Bakhoûn avoue humblement n’avoir pu analyser que dans son apparence la plus grossière, la plus extérieure. Il est impossible à l’Homme de ne pas frissonner en lisant cette monographie des êtres que Bakhoûn nomme les Xipéhuz, ces détails désintéressés, jamais poussés au merveilleux systématique, que l’antique scribe révèle sur leurs actes, leur mode de progression, de combat, de génération, et qui démontrent que la race humaine a été au bord, du Néant, que la Terre a failli être le patrimoine d’un Règne dont nous avons perdu jusqu’à la conception.
Il faut lire la merveilleuse traduction de M. Dessault, ses découvertes inattendues sur la linguistique pré-assyrienne, découvertes plus admirées malheureusement à l’étranger,—en Angleterre, en Allemagne,—que dans sa propre patrie. L’illustre savant a daigné mettre à notre disposition les passages saillants du précieux ouvrage, et ces passages, que nous offrons ci-après au public, peut-être inspireront l’envie de parcourir les superbes traductions du Maître[[1]].
| [1] | Les Precurseurs de Ninive, par B. Dessault, édition in-8°, chez Calmann-Lévy. Dans l’intérêt du lecteur, j’ai converti l’extrait du livre de Bakhoûn, ci-après, en langage scientifique moderne. |