La position de Naoh était favorable: la brise, légère mais persistante, soufflait vers lui, emportait son émanation loin des veilleurs; des chacals rôdaient sur la savane, émettant une odeur perçante; il avait, par surcroît, gardé une des peaux conquises. Ces circonstances lui permirent d'approcher à soixante coudées du Feu. Il s'arrêta longtemps. La lune dépassait les peupliers, lorsqu'il se dressa et poussa son cri de guerre.
Surpris par son apparition brusque, les Kzamms l'épiaient. Leur stupeur ne dura guère: hurlant tous ensemble, ils levèrent la hache de pierre, la massue ou la sagaie.
Naoh clama:
—Le fils du Léopard est venu, à travers les savanes, les forêts, les montagnes et les rivières, parce que sa tribu est sans Feu!… Si les Kzamms lui laissent prendre quelques tisons à leur foyer, il se retirera sans combattre!
Ils ne comprenaient pas mieux ces paroles d'une langue étrangère qu'ils n'eussent compris le hurlement des loups. Voyant qu'il était seul, ils ne songeaient qu'à le massacrer. Naoh recula, dans l'espoir qu'ils se disperseraient et qu'il pourrait les attirer loin du Feu; ils s'élancèrent en groupe.
Le plus grand, dès qu'il fut à portée, jeta une sagaie à pointe de silex. Il l'avait dardée avec force et adresse. L'arme, effleurant l'épaule de Naoh, retomba sur la terre humide. L'Oulhamr, qui préférait ménager ses propres armes, ramassa le trait et le lança à son tour. Avec un sifflement, l'arme décrivit une courbe; elle perça la gorge d'un Kzamm, qui chancela et s'étendit. Ses compagnons, poussant des clameurs de chiens, ripostèrent simultanément. Naoh n'eut que le temps de se jeter à terre pour éviter les pointes tranchantes, et les Dévoreurs d'Hommes, le croyant atteint, se précipitèrent pour l'achever. Déjà, il avait rebondi et ripostait. Un Kzamm, frappé au ventre, cessa la poursuite, tandis que les deux autres projetaient coup sur coup leurs sagaies: du sang jaillit à la hanche de Naoh, mais sentant que la blessure n'était point profonde, il se mit à tourner autour de ses adversaires, car il ne redoutait plus d'être enveloppé. Il s'éloignait, il revenait, si bien qu'il se trouva entre le Feu et ses ennemis.
—Naoh est plus rapide que les Kzamms! cria-t-il. Il prendra le Feu et les Kzamms auront perdu deux guerriers.
Il bondit encore; il vint tout près de la flamme. Et il étendait les mains pour saisir des tisons, lorsqu'il s'aperçut avec tremblement que tous étaient presque consumés. Il fit le tour du brasier, dans l'espérance de trouver une branche maniable: sa recherche fut vaine.
Et les Kzamms arrivaient!
Il voulut fuir, il se heurta à une souche et trébucha, si bien que ses antagonistes réussirent à lui barrer la route, en l'acculant contre le Feu. Quoique le brasier occupât une aire considérable et se trouvât surhaussé, il aurait pu le franchir. Un désespoir formidable emplissait sa poitrine; l'idée de retourner vaincu, dans la nuit, lui fut insupportable. Levant ensemble sa hache et sa massue, il accepta le combat.