Or le soleil s'ensanglanta dans le vaste occident, puis il alluma les nuages magnifiques. Ce fut un soir rouge comme la fleur de basilier, jaune comme une prairie de renoncules, lilas comme les veilleuses sur une rive d'automne, et ses feux fouillaient la profondeur du fleuve: ce fut un des beaux soirs de la terre mortelle. Il ne creusa pas des contrées incommensurables comme les crépuscules d'été; mais il y eut des lacs, des îles et des cavernes pétris de la lueur des magnolias, des glaïeuls et des églantines, dont l'éclat touchait l'âme sauvage de Naoh. Il se demanda qui donc allumait ces étendues innombrables, quels hommes et quelles bêtes vivaient derrière la montagne du Ciel.
Il y avait trois jours que Naoh, Gaw et Nam vivaient dans le camp des mammouths. Les Kzamms vindicatifs continuaient à rôder au bord du Grand Fleuve, dans l'espoir de capturer et de dévorer les hommes qui avaient déjoué leur ruse, défié leur force et pris leur Feu.
Naoh ne les redoutait pas, son alliance avec les mammouths était devenue parfaite. Chaque matin, sa force était plus sûre. Son crâne ne bourdonnait plus; la blessure de son épaule, peu profonde, se fermait avec rapidité, toute fièvre avait cessé. Gaw aussi guérissait. Souvent les trois Oulhamr, montés sur un tertre, défiaient les adversaires.
Naoh criait:
—Pourquoi rôdez-vous autour des mammouths et des Oulhamr? Vous êtes devant les mammouths comme des chacals devant le Grand Ours. Ni la massue ni la hache d'aucun Kzamm ne peuvent résister à la massue et à la hache de Naoh! Si vous ne partez pas vers vos terres de chasse, nous vous dresserons des pièges et nous vous tuerons.
Nam et Gaw poussaient leur cri de guerre en brandissant leurs sagaies; mais les Kzamms rôdaient dans la brousse, parmi les roseaux, sur la savane, ou sous les érables, les sycomores, les frênes et les peupliers. On apercevait brusquement un torse velu, une tête aux grands cheveux; ou bien des silhouettes confuses se glissaient dans les pénombres. Et quoiqu'ils fussent sans crainte, les Oulhamr détestaient cette présence mauvaise. Elle les empêchait de s'éloigner pour reconnaître le pays; elle menaçait l'avenir, car il faudrait bientôt quitter les mammouths pour retourner vers le Nord. Le fils du Léopard songeait aux moyens d'éloigner l'ennemi de sa piste.
Il continuait à rendre hommage au chef des mammouths. Trois fois par jour, il rassemblait pour lui des nourritures tendres, et il passait de grands moments, assis auprès de lui, à tenter de comprendre son langage et de lui faire entendre le sien. Le mammouth écoutait volontiers la parole humaine, il secouait la tête et semblait pensif; quelquefois une lueur singulière étincelait dans son œil brun ou bien il plissait la paupière comme s'il riait. Alors, Naoh songeait:
—Le grand mammouth comprend Naoh, mais Naoh ne le comprend pas encore.
Cependant, ils échangeaient des gestes dont le sens n'était pas douteux, et qui se rapportaient à la nourriture. Quand le nomade criait:
—Voici!