Le mammouth approchait tout de suite, même si Naoh était caché: car il savait qu'il y avait des racines, des tiges fraîches ou des fruits. Peu à peu, ils apprirent à s'appeler, même sans motif. Le mammouth poussait un barrit adouci; Naoh articulait une ou deux syllabes. Ils étaient contents d'être à côté l'un de l'autre. L'homme s'asseyait sur la terre; le mammouth rôdait autour de lui, et quelquefois, par jeu, il le soulevait dans sa trompe enroulée, délicatement.
Pour arriver à son but, Naoh avait ordonné à ses guerriers de rendre hommage à deux autres mammouths, qui étaient chefs après le colosse. Comme ils étaient maintenant familiers avec les nomades, ils avaient donné l'affection qui leur était demandée. Ensuite, Naoh avait appris aux jeunes hommes comment il fallait habituer les géants à leur voix, si bien que, le cinquième jour, les mammouths accouraient au cri de Nam et de Gaw.
Les Oulhamr eurent un grand bonheur. Un soir, avant la fin du crépuscule, Naoh ayant accumulé des branches et des herbes sèches, osa y mettre le Feu. L'air était frais, assez sec, la brise très lente. Et la Flamme avait crû, d'abord noire de fumée, puis pure, grondante et couleur d'aurore.
De toutes parts, les mammouths accoururent. On voyait leurs grosses têtes s'avancer et leurs yeux luire d'inquiétude. Les nerveux barrissaient. Car ils connaissaient le feu! Ils l'avaient rencontré sur la savane et dans la forêt, quand la foudre s'était abattue; il les avait poursuivis, avec des craquements épouvantables; son haleine leur cuisait la chair, ses dents perçaient leur peau invulnérable; les vieux se souvenaient de compagnons saisis par cette chose terrible et qui n'étaient plus revenus. Aussi considéraient-ils, avec crainte et menace, cette flamme autour de laquelle se tenaient les petites bêtes verticales.
Naoh, sentant leur déplaisir, se rendit auprès du grand mammouth et lui dit:
—Le Feu des Oulhamr ne peut pas fuir; il ne peut pas croître à travers les plantes; il ne peut pas se jeter sur les mammouths. Naoh l'a emprisonné dans un sol où il ne trouverait aucune nourriture.
Le colosse, emmené à dix pas de la flamme, la contemplait, et, plus curieux que ses semblables, pénétré aussi d'une confiance obscure en voyant ses faibles amis si tranquilles, il se rassura. Comme son agitation ou son calme réglaient, depuis de longues années, l'agitation et le calme du troupeau, tous, peu à peu, ne redoutèrent plus le feu immobile des Oulhamr comme ils redoutaient le feu formidable qui galope sur la steppe.
Ainsi, Naoh put nourrir la flamme et refouler les ténèbres. Ce soir-là, il goûta la viande, les racines, les champignons rôtis, et il s'en délecta.
Le sixième jour, la présence des Kzamms devint plus insupportable. Naoh avait maintenant repris toute sa force; l'inaction lui pesait; l'étendue l'appelait vers le Nord. Ayant vu plusieurs torses velus apparaître parmi des platanes, il fut saisi de colère, il s'exclama: