—C'est ici le pays des Oulhamr. Ceux que tu as vus sont des chasseurs ou des éclaireurs envoyés par Faouhm.
Il s'est levé, il développe sa grande stature. Car il ne servirait à rien de se cacher: amis ou ennemis savent trop la signification du Feu. Sa voix clame:
—Je suis Naoh, Fils du Léopard, qui a conquis le Feu pour les Oulhamr. Que les envoyés de Faouhm se montrent!
La solitude demeure impénétrable. La brise même s'est assoupie et la rumeur des fauves; seuls le ronflement des flammes et la voix fraîche de la rivière semblent s'accroître.
—Que les envoyés de Faouhm se montrent! répète le chef. S'ils regardent, ils reconnaîtront Naoh, Nam et Gaw! Ils savent qu'ils seront les bienvenus.
Tous trois, debout devant le feu rouge, montrent des silhouettes aussi visibles qu'en plein jour et poussent le cri d'appel des Oulhamr.
L'attente. Elle mord le cœur des compagnons; elle est grosse de toutes les choses terribles. Et Naoh gronde:
—Ce sont des ennemis!
Nam et Gaw le savent bien, et toute joie les quitte. Le péril est plus dur, qui les frappe dans cette nuit où le retour semblait si proche. Il est plus équivoque aussi, puisqu'il vient des hommes. Sur ce sol voisin du grand marécage, ils ne pressentaient d'autre approche que celle de leur horde. Est-ce que les vainqueurs de Faouhm l'ont attaqué encore? Les Oulhamr ont-ils disparu du monde?
Naoh voit Gammla conquise ou morte. Il grince des mâchoires et sa massue menace l'autre rive. Puis, accablé, il s'accroupit devant le bûcher, il songe, il guette…