—Sauve-moi!... Sauve-moi!... Sauve-moi!...
Il est tout à fait impossible de vous dépeindre l’épouvante de cette minute. J’avais l’impression que l’assassin était devenu un être de ma race, un être de mon sang; un goût affreux emplissait ma bouche; j’avais les entrailles tendues comme des cordes; et mon cœur tantôt grondait comme un torrent, tantôt se taisait dans une défaillance...
Je me souviens que des larmes chaudes coulaient des yeux de l’homme dans ma nuque...
Je n’en pouvais plus, j’allais m’évanouir, lorsque les aides du bourreau s’emparèrent violemment de la victime et l’emportèrent, pantelante, à travers le corridor.
Quant à moi, je demeurais là, anéanti, avec le sentiment d’une horreur irrémissible que je partageais avec les juges, les geôliers, le bourreau et toute la société...
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Depuis, continua Basseterre, avec un étrange sourire, je lutte pour la vie des criminels avec une rage furieuse, je mets à sauver leur tête quelque chose de l’ardeur que je mettrais à sauver la mienne... Mais je n’ai plus jamais eu le courage de rendre visite à aucun de mes clients à l’heure formidable où Deibler examine la Veuve.
HISTOIRES DE BÊTES
—Sans doute! sans doute! acquiesça Henri Delatour, l’individualité est moins prononcée chez les animaux que chez les hommes, mais ne dites pas qu’il n’y a pas de vives différences entre bêtes de la même sorte, voire de la même famille. J’ai eu, maintes fois, l’expérience du contraire et je vais vous donner deux exemples: il me serait aisé d’en donner davantage.