Tous, hypnotisés, attendirent pendant plus d’une minute. Ensuite, la foule eut une rude respiration; les moins émotifs s’agitèrent.
—C’est un grand désastre! annonça le vieux Dane.
Personne n’en doutait. Les Terres-Rouges possédaient dix planétaires de grande communication, dirigeables en tous sens. Pour que les dix se tussent, il fallait qu’ils fussent tous déracinés ou que la consternation des habitants fût extraordinaire.
Targ, orientant le transmetteur, darda un appel prolongé. Aucune réponse. Une lourde horreur pesa sur les âmes. Ce n’était pas le trouble ardent des hommes de jadis, c’était une détresse lente, lasse, dissolvante. Des liens étroits unissaient les Hautes-Sources et les Terres-Rouges. Depuis cinq mille ans, les deux oasis entretenaient des relations continues, soit par les résonnateurs, soit par des visites fréquentes, en planeurs ou en motrices. Trente relais, munis de planétaires, jalonnaient la voie, longue de dix-sept cents kilomètres, qui reliait les deux peuplades.
—Il faut attendre! clama Targ, penché sur la plate-forme. Si l’affolement empêche nos amis de répondre, ils ne sauraient tarder à reprendre leur sang-froid!
Mais personne ne croyait que les hommes des Terres-Rouges fussent capables d’un tel affolement; leur race était moins émotive encore que celle des Hautes-Sources: capable de tristesse, elle ne l’était guère d’épouvante.
Targ, lisant l’incrédulité sur tous les visages, reprit:
—Si leurs appareils sont détruits, avant un quart d’heure des messagers peuvent atteindre le premier relais...
—A moins, objecta Hélé, que les planeurs ne soient endommagés... Quant aux motrices, il est improbable qu’elles franchissent, avant quelque temps, une enceinte en décombres.
Cependant, la population tout entière se portait vers la zone méridionale. En quelques minutes, les planeurs et les motrices versèrent des milliers d’hommes et de femmes vers le Grand Planétaire. Les rumeurs montaient, comme de longs souffles, entrecoupées de silences. Et les membres du Conseil des Quinze, interprétateurs des lois et juges des actes unanimes, se rassemblèrent sur la plate-forme. On reconnaissait le visage triangulaire, la rude chevelure blanc de sel de la vieille Bamar, et la tête bosselée d’Omal, son mari, dont soixante-dix ans de vie n’avaient pu pâlir la barbe fauve. Ils étaient laids, mais vénérables, et leur autorité était grande, car ils avaient donné une descendance sans tare.