—J’ai besoin de vous, me dit-il..., et tout de suite. Il faut que vous m’accompagniez chez les Presle...
Comme tous les fous de ma sorte, j’étais incapable de me refuser le douloureux plaisir d’aller voir l’objet de ma folie. Je fis donc un signe de consentement et le vieux fesse-Mathieu me conduisit au mesnil des Presle, par un sentier couvert—c’était une de ses manies de cacher ses moindres démarches. En route, il montra une gaieté qui lui seyait comme une robe de bal à un gendarme, et qui s’accentua lorsque nous parûmes devant le sévère Jean Presle. Celui-ci, type militaire à barbiche et à gros sourcils, me toisait d’un air dédaigneux, mais, en retour, montrait une considération presque respectueuse à mon immonde compagnon.
—Monsieur, dit le ladre après les premières paroles, je viens vous faire une demande singulière...
Et comme Presle le regardait, étonné:
—Oui, bien singulière... mais c’est un devoir: ce jeune homme m’a sauvé la vie... Alors, je voudrais comme ça, que vous lui accordiez la main de Mlle Presle. Ça me ferait plaisir.
Et tandis que Presle devenait tout rouge d’étonnement et de colère, il répéta placidement:
—Oui, ça me ferait plaisir!
—En considération de votre âge et de votre situation, s’écria Presle, j’excuse votre démarche...
—Et pourquoi ma démarche a-t-elle besoin d’être excusée? fit Darraz, d’un ton digne.
—Mais, reprit brutalement l’autre, vous devriez, mieux que personne, comprendre que je ne donnerai jamais ma fille à un homme pauvre.