Targ jeta un long regard sur la plaine: partout il apercevait la teinte violette et les formes sinusoïdales particulières aux agglomérats ferromagnétiques.

—Oui, murmurait-il..., si l’Humanité reprenait quelque envergure, il faudrait recommencer le travail des ancêtres. Il faudrait détruire l’ennemi ou l’utiliser. Je crains que sa destruction ne soit impossible: un nouveau règne doit porter en soi des éléments de succès qui défient les prévisions et les énergies d’un règne vieilli. Au rebours, pourquoi ne trouverait-on pas une méthode qui permettrait aux deux règnes de coexister, de s’entr’aider même? Oui, pourquoi pas?... puisque le monde ferromagnétique tire son origine de notre industrie? N’y a-t-il pas là l’indice d’une compatibilité profonde?

Puis, portant ses yeux vers les grands pics de l’Occident:

—Hélas! mes rêves sont ridicules. Et pourtant..., pourtant! Ne m’aident-ils pas à vivre?... Ne me donnent-ils pas un peu de ce jeune bonheur qui a fui pour toujours l’âme des hommes?

Il se dressa, avec un petit choc au cœur: là-bas, dans l’échancrure du Mont des Ombres, trois grands planeurs blancs venaient d’apparaître.

III
LA PLANÈTE HOMICIDE

Ces planeurs parurent frôler la Dent de Pourpre, inclinée sur l’abîme; une ombre orange les enveloppait; puis ils s’argentèrent au soleil zénithal.

—Les messagers des Terres-Rouges! s’écria Manô.

Il n’apprenait rien à ses compagnons de route: aussi bien ses paroles n’étaient qu’un cri d’appel. Les deux escadrilles hâtaient leur marche; bientôt, les masses pâles s’abaissèrent vers les pennes émeraude des Hautes-Sources. Des salutations retentirent, suivies d’un silence; les cœurs étaient lourds; on n’entendait que le ronflement léger des turbines et le froissement des pennes. Tous sentaient la force cruelle de ces déserts où ils semblaient siller en maîtres.

A la fin, Targ demanda, d’une voix craintive: