En revanche, une série ternaire peut se reformer à l’aide d’un seul groupe, et une série quinquennaire à l’aide de trois groupes. La reconstitution d’une série mutilée ressemble beaucoup à la genèse des ferromagnétaux; cette genèse garde pour l’homme un caractère profondément énigmatique. Elle s’opère à distance. Lorsqu’un ferromagnétal prend naissance, on constate invariablement la présence de plusieurs autres ferromagnétaux. Selon les espèces, la formation d’un individu prend de six heures à dix jours; elle semble exclusivement due à des phénomènes d’induction. La reconstitution d’un ferromagnétal lésé s’opère à l’aide de procédés analogues.
Actuellement, la présence des ferromagnétaux est à peu près inoffensive. Il en serait sans doute différemment si l’humanité s’étendait.
En même temps qu’ils songeaient à combattre les ferromagnétaux, nos ancêtres cherchèrent quelque méthode pour faire tourner leur activité à l’avantage de notre espèce. Rien ne semblait s’opposer, par exemple, à ce que la substance des ferromagnétaux servît aux usages industriels. S’il en était ainsi, il suffirait de protéger les machines (ce qui paraît, jadis, avoir été réalisé sans trop de frais) d’une manière analogue à celle dont nous préservons nos oasis... Cette solution, en apparence élégante, a été tentée. Les annales anciennes rapportent qu’elle échoua. Le fer transformé par la vie nouvelle se montre réfractaire à tout usage humain. Sa structure et son magnétisme si variés en font une substance qui ne se prête à aucune combinaison ni à aucun travail orienté. Sans doute, cette structure semble s’uniformiser et le magnétisme disparaître aux approches de la température de fusion (et, a fortiori, lors de la fusion même); mais, lorsqu’on laisse le métal se refroidir, les propriétés nuisibles reparaissent.
En outre, l’homme ne peut séjourner longtemps dans les contrées ferromagnétiques de quelque importance. En peu d’heures, il s’anémie. Après un jour et une nuit, il se trouve dans un état d’extrême faiblesse. Il ne tarde pas à s’évanouir; s’il n’est pas secouru, il succombe.
On n’ignore pas la raison immédiate de ces faits: le voisinage des ferromagnétaux tend à nous enlever nos globules rouges. Ces globules, presque réduits à l’état d’hémoglobine pure, s’accumulent à la surface de l’épiderme et sont, ensuite, attirés vers les ferromagnétaux qui les décomposent et semblent se les assimiler.
Diverses causes peuvent contre-balancer ou retarder le phénomène. Il suffit de marcher pour n’avoir rien à craindre; à plus forte raison suffit-il de circuler en motrice. Si l’on se vêt d’un tissu en fibres de bismuth, on peut braver l’influence ennemie pendant deux jours au moins; elle s’affaiblit si l’on se couche la tête au nord; elle s’atténue spontanément lorsque le soleil est près du méridien.
Bien entendu, lorsque le nombre des ferromagnétaux décroît, le phénomène est de moins en moins intense; un moment vient où il s’annule, car l’organisme humain ne se laisse pas faire sans résistance. Enfin, l’action ferromagnétique diminue d’abord selon la courbe des distances, et devient insensible à plus de dix mètres.
On conçoit que la disparition des ferromagnétaux parût nécessaire à nos ancêtres. Ils entreprirent la lutte avec méthode. A l’époque où débutèrent les grandes catastrophes, cette lutte exigea de lourds sacrifices: une sélection s’était opérée parmi les ferromagnétaux; il fallait user d’énergies immenses pour refréner leur pullulation.
Les remaniements planétaires qui suivirent donnèrent l’avantage au nouveau règne; par compensation, sa présence devenait moins inquiétante, car la quantité de métal nécessaire à l’industrie décroissait périodiquement et les désordres sismiques faisaient affleurer, en grandes masses, des minerais de fer natif, intangible aux envahisseurs. Aussi, la lutte contre ceux-ci se ralentit-elle au point de devenir négligeable. Qu’importait le péril organique au prix de l’immense péril sidéral?...
Présentement, les ferromagnétaux ne nous inquiètent guère. Avec nos enceintes d’hématite rouge, de limonite ou de fer spathique, revêtues de bismuth, nous nous croyons inexpugnables. Mais si quelque révolution improbable ramenait l’eau près de la surface, le nouveau règne opposerait des obstacles incalculables au développement humain, du moins à un développement de quelque envergure.