—Pourquoi? se redemanda-t-il... Oui, pourquoi?
Il s’arrêtait à chaque moment pour considérer les rocs et aussi par prudence; ce sol convulsé devait être plein de pièges. Une exaltation étrange le saisit. Il songea que, si une route existait vers l’Eau, il y avait bien des chances pour qu’elle se décelât dans cet endroit si profondément remanié. Ayant allumé la «radiatrice» qu’il ne quittait jamais en voyage, il s’engagea dans des fissures ou des corridors: tous se rétrécissaient rapidement ou se terminaient en cul-de-sac.
A la fin, il se trouva devant une fente médiocre, à la base d’une roche haute et très large, que les secousses n’avaient que faiblement entamée. Il suffisait d’examiner la cassure, par endroits étincelante comme du cristal, pour deviner qu’elle était récente. Targ, la jugeant négligeable, allait s’éloigner. Des scintillations l’attirèrent. Pourquoi ne pas l’explorer? Si elle était peu profonde, il n’aurait que quelques pas à faire.
Elle se révéla plus longue qu’il ne l’eût espéré. Néanmoins, après une trentaine de pas, elle commença de se rétrécir; bientôt, Targ crut qu’il ne pourrait aller plus loin. Il s’arrêta, il examina scrupuleusement les détails des murailles. Le passage n’était pas encore impossible, mais il fallait ramper. Le veilleur n’hésita guère; il s’engagea dans un trou, dont le diamètre excédait à peine la largeur d’un homme. Le passage, sinueux et semé de pierres aiguës, devint plus étroit encore; Targ se demanda s’il lui serait possible de revenir en arrière.
Il était comme encastré dans la terre profonde, captif du minéral, petite chose infiniment faible qu’un seul bloc réduirait en particules. Mais la fièvre de la chose commencée palpitait en lui: s’il abandonnait la tâche, avant qu’elle ne fût tout à fait impossible, il se haïrait et se mépriserait ensuite. Il persévéra.
Les membres trempés de sueur, il avança longtemps dans les entrailles du roc. A la fin, il eut une défaillance. Les battements de son cœur, qui faisaient comme un grand bruit d’ailes, s’affaiblirent. Il n’y eut plus qu’une palpitation chétive; le courage et l’espoir tombèrent comme des fardeaux. Quand le cœur reprit quelque force, Targ se jugea ridicule d’être engagé dans une aventure aussi primitive.
—Ne serais-je pas un fou?
Et il commença de ramper en arrière. Alors, un désespoir atroce l’accabla; l’image d’Erê se dessina si vive qu’elle semblait être avec lui dans la fissure.
—Ma folie vaudrait encore mieux que l’affreuse sagesse de mes semblables... En avant!
Il recommença l’aventure; il joua sauvagement sa vie, résolu à ne s’arrêter que devant l’infranchissable.