—La loi est finie! murmura le deuxième homme. Elle a disparu au moment où nous avons accepté la grande guérison...
Au bruit des voix, trois autres vivants parurent, deux hommes et une jeune femme. Tous considéraient les planeurs d’un air d’extase.
Alors, Targ et Arva atterrirent.
Il y eut un court silence. Le veilleur examinait avidement les derniers de ses semblables. La mort était en eux; aucun remède ne pouvait combattre les poisons délicieux de l’euthanasie.
La femme, toute jeune, était de beaucoup la plus pâle des cinq. Hier encore, elle portait l’avenir, aujourd’hui, elle était plus vieille qu’une centenaire. Et Targ s’exclama:
—Pourquoi avez-vous voulu mourir? L’eau est-elle donc épuisée?
—Que nous importe l’eau! chuchota la jeune femme. Pourquoi vivrions-nous? Pourquoi nos ancêtres ont-ils vécu? Une folie inconcevable les a fait résister, pendant des millénaires, au décret de la nature. Ils ont voulu se perpétuer dans un monde qui n’était plus le leur. Ils ont accepté une existence abjecte..., uniquement pour ne pas disparaître. Comment est-il possible que nous ayons suivi leur pitoyable exemple?... Il est si doux de mourir!
Elle parlait d’une voix lente et pure. Ses paroles faisaient un mal affreux à Targ. Chaque atome de sa chair se soulevait contre une telle résignation. Et la joie paisible qui éclatait sur la face des agonisants lui demeurait incompréhensible.
Il se tut pourtant. De quel droit essaierait-il de mêler la plus légère amertume à leur fin, puisque cette fin n’était plus évitable?... La jeune femme entrefermait les paupières. Sa faible exaltation s’éteignait, son souffle se ralentissait de seconde en seconde et, s’appuyant contre une cloison d’arcum, elle répéta:
—Il est si doux de mourir!