Les planeurs descendirent, jusqu’à frôler le haut des maisons et les plates-formes des planétaires. C’était le silence et l’immobilité d’une nécropole. L’air, assoupi, ne mouvait pas même la poussière; seules des bandes de ferromagnétaux s’agitaient avec lenteur.

Targ se décida à descendre sur une plate-forme et fit vibrer le transmetteur d’un ondifère; un appel puissant se répéta de conque en conque.

—Des hommes! s’écria soudain Arva.

Targ reprit son vol. Il vit deux personnages au seuil d’une demeure et, pendant quelques minutes, hésita à les interpeller. Quoique les habitants de l’oasis ne formassent plus qu’un groupe pitoyable, Targ vénérait en eux son Espèce et respectait la loi. Celle-ci était gravée dans chacune de ses fibres; elle lui apparaissait profonde comme la vie même, redoutable et tutélaire, infiniment sage, inviolable. Et, puisqu’elle l’exilait à jamais des Terres-Rouges, il s’inclinait devant elle.

Aussi sa voix trembla-t-elle, lorsqu’il s’adressa à ceux qui venaient d’apparaître.

—Combien y a-t-il de vivants dans l’oasis?

Les deux hommes élevèrent des visages pâles, qui exprimaient une étrange sérénité. Puis, l’un d’eux répondit:

—Nous sommes cinq encore... Ce soir, nous serons délivrés!

Le cœur du veilleur se serra. Il reconnaissait, dans les regards qui croisaient le sien, la lueur brumeuse de l’euthanasie.

—Pouvons-nous descendre? fit-il humblement. La loi nous exile.