Tous savaient bien, même les enfants, que le salut était au dehors, dans quelque coin mystérieux des déserts. Ils savaient aussi que l’oasis, le centre de leur existence, devait toujours être occupée. D’ailleurs, ne communiaient-ils pas, plusieurs fois par jour, par la voix des planétaires?

—Allons! fit enfin Targ.

Le frisson subtil des énergies s’entendit aux ailes des planeurs. Ils s’élevèrent, ils décrurent dans le matin de nacre et de saphir. Erê les vit disparaître à l’horizon. Elle soupira. Quand Arva et Targ n’étaient plus là, la fatalité pesait plus lourde. La jeune femme épiait l’oasis avec des yeux craintifs et chaque geste des petits éveillait son inquiétude. Chose bizarre! Sa peur évoquait des dangers qui n’étaient plus de ce monde. Elle ne redoutait ni le minéral, ni les ferromagnétaux, elle redoutait de voir surgir des hommes inconnus, des hommes qui viendraient du fond de l’immensité inhabitable... Et cet étrange ressouvenir de l’antique instinct la faisait parfois sourire, mais, parfois aussi, lui donnait un frisson, surtout lorsque le soir posait ses ondes noires sur l’Équatoriale des Dunes.

Targ et sa compagne sillaient vertigineusement dans la mer aérienne. Ils aimaient la vitesse. Tant de voyages n’avaient pu éteindre la joie de défier l’espace. La sombre planète était comme vaincue. Ils voyaient s’avancer ses plaines sinistres, ses âpres rocs, et les monts semblaient se précipiter sur eux pour les anéantir. Mais, d’un geste menu, ils triomphaient des abîmes et des pics formidables. Effrayantes, flexibles et soumises, les énergies chantaient tout bas leur hymne; le mont était franchi, les planeurs légers redescendaient vers les déserts où, vagues, tardifs, pesants, évoluaient les ferromagnétaux. Qu’ils semblaient pitoyables et dérisoires! Mais Targ et Arva connaissaient leur force secrète. C’étaient les vainqueurs. Le temps était devant eux et pour eux, les choses coïncidaient avec leur volonté obscure; un jour, leurs descendants produiraient des pensées admirables et manieraient des énergies merveilleuses...

Targ et Arva résolurent d’aller d’abord jusqu’aux Terres-Rouges. Leur âme s’élançait vers l’ultime asile de leurs semblables, dans un désir passionné, où il y avait de la crainte, de la détresse, un amour profond et chagrin. Tant que des hommes persisteraient là-bas, il y aurait je ne sais quelle subtile et tendre promesse. Quand ils auraient enfin disparu, la planète semblerait plus lugubre encore, les déserts plus hideux et plus vastes.

Après une courte nuit passée sur un des relais, les voyageurs eurent, par la voie du planétaire, une causerie avec Erê et les enfants: c’était moins pour se rassurer que pour rejoindre la famille à travers l’espace. Ensuite, ils sillèrent vers l’oasis. Ils y parvinrent avant le milieu du jour.

Elle semblait immuable. Telle ils l’avaient quittée, telle elle se profilait au foyer de leurs oculaires. Les demeures d’arcum miroitaient au soleil, on apercevait les plates-formes des ondifères, les remises des motrices et des planeurs, les transformateurs d’énergie, les machines colossales ou délicates, les appareils qui puisaient naguère l’eau aux entrailles du sol et les champs où poussèrent les dernières plantes... Partout demeurait l’image de la puissance et de la subtilité humaines. Au premier signal, des forces incalculables pouvaient être déchaînées, puis asservies, d’énormes travaux accomplis. Tant de ressources demeuraient aussi inutiles que la palpitation d’un rayon dans l’éther infini! L’impuissance de l’homme était dans sa structure même: né avec l’eau, il s’évanouissait avec elle.

Pendant quelques minutes, les planeurs voguèrent par-dessus l’oasis. Elle semblait déserte. Aucun homme, aucune femme, aucun enfant ne se montrait au seuil des demeures, sur les chemins ni sur les champs incultes. Et cette solitude glaçait l’âme des visiteurs.

—Seraient-ils morts enfin? murmura Arva.

—Peut-être! répondit Targ.