Une lueur fine emperla le levant, puis le Soleil montra son disque énorme. L’Équatoriale des Dunes était proche. A travers l’objectif de la lunette aérienne, Targ apercevait parfois, dans l’échancrure des dunes, l’enceinte de bismuth et les demeures d’arcum ambrées par le matin... Arva dormait toujours et une nouvelle dose du stimulant ne la réveilla point. Toutefois, sa pâleur était moins livide; les artères frissonnaient faiblement; la peau n’avait plus cette «raideur translucide» qui suggérait la mort.

—Elle est hors de danger! s’affirma Targ.

Et cette certitude soulageait sa peine.

Toute sa vigilance se porta sur l’oasis. Il cherchait à apercevoir l’enclave familiale. Deux mamelons la cachaient encore. Enfin, elle apparut et, de saisissement, Targ tordit le gouvernail du planeur qui plongea brusquement, comme un oiseau blessé.

L’enclave tout entière, avec ses maisons, ses hangars et ses machines, avait disparu.

XVI
DANS LA NUIT ÉTERNELLE

Le planeur n’était plus qu’à vingt mètres du sol. En pleine vitesse, il allait tomber à pic et se briser, lorsque Targ, d’instinct, le redressa. Alors, légèrement, et traçant une parabole élégante, il reprit son vol jusqu’aux abords de l’enclave. Et ayant atterri, le veilleur demeura immobile, paralysé de douleur, devant une fosse énorme et chaotique: là, gisaient, sous les ténèbres de la terre, les êtres qu’il aimait plus que lui-même.

Pendant longtemps, les pensées rampèrent en désordre dans le cerveau du pauvre homme. Il ne songeait pas aux causes du cataclysme, il n’en discernait que la férocité obscure, il le rattachait confusément à tous les malheurs de ce morne septénaire. Les images défilaient au hasard. Constamment, il apercevait les siens, tels qu’il les avait quittés l’avant-veille. Puis, les silhouettes tranquilles étaient emportées dans une horreur innommable... Le sol s’ouvrait. Il les voyait disparaître. L’épouvante était sur leurs faces. Ils appelaient celui en qui ils avaient mis leur confiance et qui, peut-être à l’heure même de leur mort, croyait vaincre la fatalité...

Lorsqu’il put enfin réfléchir, le Dernier Homme essaya de se figurer la catastrophe. Était-ce une nouvelle secousse planétaire? Non! aucun sismographe n’avait enregistré le moindre trouble. D’ailleurs, à part quelques hectares de l’oasis et du désert, l’enclave seule se trouvait atteinte. L’événement se ramenait aux circonstances antérieures: le sous-sol, fracturé, s’était rompu. Ainsi, le malheur qui ruinait la suprême espérance n’était pas une grande convulsion de la nature, mais un accident infinitésimal, à la taille des faibles créatures englouties.

Pourtant, Targ croyait y voir transparaître la même volonté cosmique qui avait condamné les Oasis...