—Tire sur cette vitre!

Le Kurde, impassible, leva son fusil et tira. On n’entendit pas cette détonation en quelque sorte feutrée, insensible à distance, qui était la caractéristique des explosifs de cette époque. Le général eut un tressaillement; les officiers devinrent graves; l’homme montra des yeux ronds, ahuris.

—Encore! fit Laufs.

L’homme tira de nouveau, et avec le même résultat.

—C’est bien! Sors! s’écria le maréchal, qui était devenu pâle. Et vous, capitaine von Œttinger, faites venir quelques fusiliers.

Une émotion ardente, une crainte superstitieuse, s’était emparée de tout le monde; Turcs et Allemands osaient à peine se regarder. Plusieurs soldats firent leur entrée et, l’un après l’autre, épaulèrent et tirèrent en vain, tandis qu’une sueur froide coulait des tempes du généralissime. Il se tourna vers M. Delestang et lui demanda d’une voix rauque:

—Qu’avez-vous fait pour obtenir cela?

—Nous avons, à l’aide de nouveaux procédés de contagion radio-active, dissocié partiellement vos explosifs, répondit doucement le savant. Comme je l’ai dit, toutes vos munitions sont hors d’usage! Si vous voulez vous en assurer plus complètement, nous attendrons ici le résultat des expériences...

Il y eut un vaste silence. Laufs, naguère si formidable, tous ces officiers pleins de foi dans la suprématie de leur armée, étaient atteints au tréfonds de l’âme. La vérité se faisait jour en eux avec la force des cataclysmes,—ils étaient comme des gens brusquement soulevés par un colossal tremblement de terre.

Laufs recouvra le premier son sang-froid. Sans faiblesse comme sans jactance, acceptant désormais tous les possibles, il dit au colonel: