—Avant une demi-heure, j’aurai l’honneur de vous donner une réponse.
Il reparut, à l’heure dite, accompagné cette fois de tout son état-major, et livide, les yeux creux, les mains tremblantes, avec un mélange de fureur et d’effroyable désespoir, il s’écria:
—Je suis prêt, monsieur, à examiner les propositions de Son Excellence le maréchal von Eberhardt.
Tous baissaient la tête. Un seul, le vieux Soleiman-Pacha, général du 3e corps, Turc des vieux âges, frénétique, héroïque et fataliste, s’écria:
—Est-ce à dire que nous allons accepter une capitulation?
—Il n’y a pas d’autre ressource! fit Laufs d’un ton glacial.
Soleiman étendit la main vers les vitres bleues et clama:
—Il y a toujours des ressources pour qui consent à la mort!
V
Dans l’après-midi, les troupes austro-hongroises cernaient presque complètement l’armée ottomane, quoique, à l’arrière et sur les ailes, les effectifs d’enveloppement fussent relativement peu denses. Quelques régiments turcs et beaucoup d’infanterie montée avaient pu effectuer leur retraite—leur fuite plutôt—en temps utile. Mais vers midi, les fusils à longue portée des tirailleurs autrichiens et quelques batteries légères opposèrent un rempart de projectiles aux fugitifs. Une trentaine de mille hommes, aux deux ailes, demandèrent alors à se rendre. Le reste demeurait terré, attendant le soir.