C'était un jour doux; le grand vent de la nuit semblait apaisé par l'aube, et les nues claires qu'il avait charriées jusque là continuaient à marcher très lentement sur la pâleur grise de l'azur. Au levant, les strates rouges des tempêtes achevaient de mourir, et c'était partout, sur les labours, dans la lumière horizontale, une brume éblouissante posée à ras du sol, comme une décoration d'Olympe où les dieux avaient fêté la nuit et qu'on n'avait pas encore fait disparaître.

Dans les allées fraîches Madeleine promenait ses pas indécis, le trouble de son âme. Une dernière pudeur l'empêchait d'aller aux Avelines, la crainte aussi de gâter la situation en irritant sa mère. Le matin lui rendait quelque espoir avec son éternelle splendeur d'enfance, toutes ses teintes jeunes et molles, sa griserie optimiste.

Mais un bruit de charrette se rapprochait, et Madeleine, par une échappée, put voir une carriole attelée d'un cheval gris et que conduisait un jeune paysan. Les ailes d'un bonnet de femme battaient au vent de la course.

—Mais c'est nourrice! fit la jeune fille.

Elle se précipitait; la carriole entrait aux Corneilles. Madeleine eut beau courir, déjà la nourrice disparaissait dans une porte de service:

—Nourrice! nourrice!

La bonne femme se retourna, s'approcha et tandis que Madeleine l'embrassait, elle lui glissait une lettre dans la main.

—Prenez vite, Mam'zelle, madame me demande.

Déjà Madeleine avait serré le billet, courait se cacher aux profondeurs des massifs. Là, elle regardait la lettre, n'osait l'ouvrir.

—Mon Dieu! mon Dieu! Est-ce bon, au moins?