—Ces diables bleus! dit rieusement Semaise.

Ils n'insistèrent pas, tous deux accoutumés aux caprices de la jeune fille, et, quelques minutes plus tard, ils détalaient vitement sous les chênes de l'avenue.

Madeleine, à l'ombre du grand auvent, aspirait la matinée, et elle voyait, sans regret, son hongre favori retourner à l'écurie. Sa pose était molle, en contraste avec ses fermes allures accoutumées, et elle n'avait aucun goût pour l'exercice du cheval, pour l'emportement d'une course violente. Bien plutôt rêvait-elle une promenade paresseuse, féminine, une traînerie par les sentes dominées de ramures, en forêt.

Elle rentra, alla frapper chez sa mère. Jeanne remuait un tas de paperasses, les rapports, les placets annotés par les secrétaires, toute une lourde besogne de femme dominatrice.

—Maman, dit Madeleine, tu n'aimerais pas une promenade sous bois... Il fait si beau et ces paperasses sont si laides...

—Non, répondit Jeanne, il y a ici des choses pressées.

—Que de peine. Si du moins cela te rendait heureuse!

Elle embrassa sa mère avec compassion, puis d'une moue gentille:

—J'irai avec nourrice, alors!

—Tiens! s'écria Jeanne... Je n'y pensais pas... pourquoi ne fais-tu pas ta chevauchée, ce matin?