—Oh! ma sœur qui êtes belle…» lui répond la fille perdue; et les voici qui causent toutes les deux à voix basse. Alors tous les autres se rapprochent, les entourent, et le grand colloque s'engage enfin. Serrés près de la porte, visages pressés sous la lueur de l'imposte, voyageurs égarés qui se montrent un feu dans la nuit, ils parlent du pays merveilleux où ils veulent partir, pays de leur désir et de leur regret:

«Des routes indéfinies s'enlacent aux coteaux et passent sur les vallées, pareilles à des traînées de brume blanche, qui tournoient au-dessus des lacs de la nuit.

—Dans toutes les cours, c'est le matin des noces: une voiture où l'on charge des bagages attend; et l'odeur des syringas fait défaillir, au moment où ils grimpent sur le marchepied, les deux enfants trop heureux.

—Entre les feuilles des arbres, lorsque sonne midi, on aperçoit dans la vallée le reflet d'un village merveilleux, si creux que le regard d'abord ne l'avait pu découvrir, comme le visage entre les fougères dans l'eau du puits profond.»

Mais la fille coupable, qui dans toutes les fêtes et toutes les joies de ce monde a roulé, leur dit:

«Le pays que vous avez découvert dans le secret de votre cœur, je l'ai cherché longtemps et vainement sur la terre.

—Et nous, répondent-ils, chaque soir nous restons longuement, les yeux ouverts dans les ténèbres, imaginant: demain, peut-être, nous nous éveillerons dans la contrée étrange; demain l'aurore merveilleuse…»

Et soudain tous se sont tus, s'apercevant qu'au dehors, à cette heure de minuit, le jour avait éclaté partout; et que, silencieusement, avant d'entrer—le bras étendu contre le mur comme une treille—l'ange Gabriel les regardait par l'imposte avec «des yeux plus beaux que le vin».

LA PARTIE DE PLAISIR

A Claude Debussy.