Durant deux jours, ce furent, dans les environs, des recherches vaines. Beaulande, accablé, ne disait rien. De temps à autre, seulement, il répétait les mêmes phrases:
—Elle est perdue, ma femme. Elle ne peut pas se retrouver. Elle ne connaît pas les routes. Elle est perdue dans les marnières…
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Le troisième jour, de grand matin, Jean Meaulnes, qui devait partir, avec le fermier, pour continuer à battre la contrée, s'éveilla dans sa chambre aux poutres basses. Il se retourna sur sa couche. Dans la fenêtre obscure, comme dans un vitrail, s'allumaient les rouges, les jaunes et les bleus profonds du soleil levant.
Une petite pluie vint mouiller la vitre.
Il s'habilla silencieusement et descendit l'escalier. Il faisait jour, déjà. Mais c'était le jour bas du grand matin, ce jour pâle et précis comme un clair de lune, dans lequel il semble que toutes les choses soient posées comme des décors avant que la vie réelle ne commence.
Il sortit. La petite grille de l'école grinça et se referma lourdement. On entendit, dans le hameau, le cri d'un coq. Puis tout redevint silencieux et immobile.
Meaulnes s'engagea dans la courte allée qui menait chez les Beaulande. Il écoutait son pas égal, le seul bruit de cette heure, et, sourdement, profondément, le battement de son cœur, lorsque, levant la tête, à dix pas devant lui, il aperçut, devant les barrières blanches, une voiture arrêtée.
Il se dit, presque à mi-voix:
—On dirait Claude Beaulande et sa mère…