Puis, sur les quais déserts des berges de la Seine…
Et puis après, plus près de vous, sur le bateau,
qui faisait un bruit calme de machine et d'eau…
*
* *
Evidemment j'aurais dû comprendre; j'aurais dû démêler ce que Fournier lui-même d'ailleurs n'apercevait pas encore à ce moment: que c'était là l'exercice d'un conteur, et non d'un poète.
Le vers libre y était adopté par Fournier sous l'influence sans doute des Symbolistes, mais surtout comme un moyen de suivre exactement les phases d'un récit. Il me semble qu'on le sent ici s'entraîner à conter. Il ne s'est pas encore arraché à ses impressions; il cherche encore à nous les imposer telles quelles (et avouons franchement qu'il n'y réussit guère); mais déjà, malgré lui peut-être, elles s'analysent, elles perdent la densité poétique et prennent la forme d'une énumération. Des faits, des événements percent sans cesse au travers des spectacles; un dynamisme se fait sentir sous l'enveloppe émotive; des moments sont distingués; le présent, le futur viennent tout naturellement remplacer le passé:
Je vais entrer, nous allons suivre, tous les deux
avec la vieille dame l'allée, où doucement,
votre robe, ce soir, en la reconduisant,
balaiera des parfums couleur de vos cheveux.