S'il acceptait de n'être pas ici-bas «tout à fait un être réel», n'était-ce pas dans le pressentiment qu'il le pouvait devenir ailleurs?

Oui, je ne résiste pas, par instants, à cette impression que la mort fut pour lui, dans cette vaste et incertaine tempête de la guerre, comme une rame tout à coup pour s'aider vers plus de réalité et d'existence. Le son de cette voix qui l'appelait plus loin, si triste d'abord qu'il ait pu lui sembler, de quelque privation qu'il lui ait donné le signal, si déchirantes qu'en aient été, dans ce grand bois plaintif, les harmoniques, il dut bientôt y percevoir l'annonce aussi, quand il l'eut laissé pénétrer jusqu'au fond de son cœur, et la permission, d'un accomplissement jusque-là impraticable de lui-même.

Il marcha fidèlement jusqu'à cette lisière où sa trace se perd, où je reste, plutôt qu'à le pleurer, à l'imaginer; il replia sans un mot sa frêle armure, ce corps dont il avait usé pour nous accompagner quelque temps, tant bien que mal, et nous parler, et souffrir avec nous; mais elle était si délicate que nous n'en retrouvons plus rien.

Esprit timide et sans peur, il s'enfonça dans ce monde même qui avait toujours régné sur sa pensée et n'avait cessé d'en former l'horizon. D'un nouvel acte de foi, plus profond encore que celui qui avait donné naissance au Grand Meaulnes, il se l'ouvrit, j'en suis sûr, et de toute son âme, en un clin d'œil, le rejoignit. Il faut que nous pensions à lui, toujours, comme à quelqu'un de «sauvé».

Jacques Rivière

PREMIÈRE PARTIE
POÈMES

L'ONDÉE…

«Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes».

Samain.

L'ondée a fait rentrer les enfants en déroute,

La nuit vient lente et fraîche au silence des routes,