IV.—Le Firecrest dans le port de Monaco.

Un peu plus loin, le Lavengro, un ketch de 120 tonneaux, se prépare à faire voile pour Gibraltar. C'est également ma première étape. J'ai bien peu de chances de battre un bateau dix fois plus grand que le mien et dont l'équipage compte sept hommes, mais je ne veux pas être battu au départ. Je réussis à lever l'ancre le premier et à prendre le vent toutes toiles dehors; Le vent s'élève et il me faut amener la flèche avant de passer entre les môles; c'est de là que je fis mes derniers signes d'adieu aux deux petites «matelotes» françaises et à l'équipage du yacht breton Eblis qui agitaient leurs mouchoirs sur le quai.

Hors du port, il vente encore plus fort; il me faut changer de foc et prendre un ris dans ma grande voile et cela rapidement, car j'aperçois maintenant le Lavengro qui quitte le port et me donne la chasse. Nous tirons des bordées contre un fort vent debout, et, quoique moins vite, je peux serrer le vent de plus près.

Nous nous élançons vers le large. Une fois sortis de la baie abritée, les vagues et le vent augmentent. Le Firecrest donne une forte bande, l'écume jaillit sur le pont et je suis trempé par les embruns, mais j'ai le cœur en joie, et comme l'étrave du Firecrest fend les flots, je chante le refrain d'une complainte de pêcheurs bretons:

La bonne sainte lui a répondu: il vente.

C'est le vent de la mer qui nous tourmente.

Le baromètre baisse et la terre disparaît derrière l'horizon. A 4 h. 30, je coupe le Lavengro au plus près sur l'autre amure, quand un fort grain arrive. En hâte, j'amène la grand'voile et le foc et j'aperçois le Lavengro fuyant devant la tempête dans une direction opposée.

Je suis très fatigué des efforts de la journée et décide de mettre à la cape. Réduisant la voilure et attachant la barre de manière que mon navire revienne de lui-même dans le vent, je descends prendre un repos bien gagné.

Voici quelques extraits de mon journal de bord: