Chaque fois que le vent atteignait la force d'une tempête, quelque chose se brisait à bord.
Par exemple, si j'amenais la grand'voile pour la réparer et hissais à sa place la voile de cape, j'avais à peine fini de réparer la grand'voile que la voile de cape se déchirait, et je devais accomplir la manœuvre inverse.
Dans l'intervalle, d'autres choses cassaient, et je ne compte plus le nombre de fois que j'eus à réparer ou changer les écoutes de foc ou de trinquette.
Je ne suis pas enclin à la superstition, mais le vendredi 13 juillet fut exceptionnellement mauvais. Le Firecrest roulait effroyablement. Les vagues étaient très hautes et tout cassait à bord depuis le matin. Un grand trou fit son apparition dans la trinquette. Je venais de la rentrer à bord, quand la drisse de foc se brisa et la voile tomba par-dessus bord.
Marchant sur le beaupré pour essayer de la remonter, je mis mon pied sur les arcs-boutants de beaupré, quand l'un des haubans se brisa sous moi et je tombai à la mer. Je fus assez heureux pour attraper la sous-barbe, et regagnai le pont. J'en fus quitte pour un bain forcé de quelques secondes, mais mon navire faisait à ce moment plus de 3 milles à l'heure, et si je n'avais eu la chance de trouver la sous-barbe sous ma main, je restais seul en plein océan. Le pont étroit de mon navire, balayé par les vagues, me parut ensuite extrêmement confortable.
Ce jour, je trouvai que ma position était 27° nord de latitude. Je décidai que j'avais été assez au sud et je changeai ma route du sud-ouest à l'ouest. Selon toute probabilité, si j'en crois ma carte, je dois avoir des vents favorables jusqu'à 32° de latitude nord.
Ayant échappé au danger du vendredi 13, je me sentis prêt à faire face à tout, le jour suivant. C'était la fête nationale, et je hissai les couleurs françaises et le pavillon du Yacht-Club de France, dont je suis membre.
A 10 heures, le Firecrest fuyait devant une très fraîche brise du nord-est, quand un fort coup de vent arriva; je dus amener la trinquette-ballon pour la sauver et mettre à sa place une voile plus petite.
Des vagues, qui semblaient avoir au moins dix mètres de hauteur, arrivaient en rugissant. Le petit Firecrest plongeait son nez au milieu d'elles et des torrents d'eau balayaient le pont de l'avant à l'arrière. C'était un dur travail de rester sur le pont sans être emporté, et quand la nuit vint j'étais très fatigué.
Laissant le Firecrest se gouverner lui-même, je descendis dans la cabine pendant que la tempête se déchaînait. Je trouvai tout en bas dans un grand désordre, car je n'avais eu le temps de rien nettoyer depuis deux jours. Le bateau roula effroyablement toute la nuit. Si je n'avais pas eu d'autres expériences et si ma confiance en mon navire n'avait pas été aussi entière, j'aurais pu penser qu'il allait chavirer. Le mouvement de roulis était si violent qu'il était extrêmement difficile de rester dans la couchette sans être jeté sur le plancher. Néanmoins, je trouvais toujours le moyen de dormir et de me reposer.