Quand je retournai sur le pont, le lendemain matin, le vaillant petit navire était resté sur sa route comme si ma main avait été au gouvernail toute la nuit. Si les gens de terre savaient, ils ne s'étonneraient pas qu'un marin aime son navire et le considère comme un être vivant intelligent et sensible.
Il y avait des poissons volants sur le pont, aussi je déjeunai de nourriture fraîche, pour la première fois depuis bien des semaines. Le lendemain, ils étaient plus nombreux. Il faut un homme ayant vécu des semaines de biscuit et de bœuf salé pour apprécier pleinement la délicieuse saveur des poissons volants.
Pendant encore deux jours je fuis, poursuivi par la tempête. Le matin du 16 la force du vent diminua et je pus continuer à réparer mes voiles. La trinquette était déchirée. La mer était très forte, il était vraiment dur de manier l'aiguille tandis que le Firecrest était secoué terriblement.
Ce jour-là j'eus plus d'eau à pomper que de coutume, car une grande vague avait déferlé à travers l'écoutille entr'ouverte.
Une période de vents variables, de calme et de rafale suivit; j'étais toujours très occupé à réparer mes voiles éprouvées par le mauvais temps. Je mis trois jours à réparer la trinquette-ballon, gouvernant la plupart du temps avec un pied pendant que je cousais.
CHAPITRE VII
La soif.—Les Daurades.
L faisait très chaud. Au milieu du jour, le soleil était presque à la verticale au-dessus de ma tête, et j'avais toujours très soif, mais je devais me contenter d'un verre d'eau par jour. Ce fut seulement plus de trois semaines après la découverte de ma perte d'eau potable que je pus attraper un tout petit peu d'eau dans mes voiles. Dans la nuit du 17 juillet, une petite pluie tomba, et je pus recueillir environ un litre d'eau. Je pris un bain sous la pluie dont je goûtai fort la fraîcheur.
Dans le jour, sous le soleil torride des tropiques, je m'aspergeais fréquemment d'eau de mer avec un seau de toile, mais l'effet passait très vite et j'avais bientôt aussi soif qu'avant.
Je venais de réparer la trinquette-ballon, quand la grand'voile se déchira le long d'une couture sur une longueur de plus de cinq mètres. Il n'y avait rien à faire d'autre que d'amener la grand'voile, la réparer et mettre à sa place la voile de cape. Cela voulait dire au moins vingt-quatre heures de travail avec le fil et les aiguilles.