Dix-neuf ans après la première publication du Diable boiteux, Le Sage donna de cet ouvrage une nouvelle édition, revue, remaniée, et augmentée de quatre-vingt-dix-neuf historiettes, qui ne le cèdent pas en intérêt à celles qui figuraient dans la première édition. En outre, il retoucha plusieurs passages, et à la conclusion primitive, qui n'était pas satisfaisante, il substitua un dénouement des plus heureusement trouvés.
C'est donc en 1726 que Le Sage donna au Diable boiteux sa forme définitive. C'est l'édition de 1726[4] que je reproduis[5]. Mais, chose qu'on n'avait pas remarquée, en même temps qu'il ajoutait un grand nombre d'historiettes nouvelles, il en retranchait plusieurs, si bien que la première édition en contient, en définitive, trente-neuf qui ne se retrouvent pas dans celle de 1726 ni dans celles qu'on a faites depuis. Ne pouvant m'expliquer ces suppressions d'une façon satisfaisante[6], j'ai pris le parti de donner en appendice les passages retranchés.
[4] Quelques exemplaires portent la date de 1727.
[5] Les notes qu'on trouvera sous le texte sont de Le Sage.
[6] La plupart des historiettes retranchées sont tout aussi intéressantes que celles qui ont été conservées. La suppression de celles qui touchent à des sujets littéraires, et qui sont au nombre de sept, peut s'expliquer, à la rigueur, par le succès de Le Sage, que le bonheur rendait indulgent; on comprend aussi qu'il ait rejeté quelques traits satiriques un peu trop vifs; mais cela n'explique pas tout. Pourquoi, par exemple, retrancher les critiques dirigées contre les comédiens, dont il avait à se plaindre, et avec qui jamais il ne se réconcilia?
Je donne également en appendice les dédicaces de Le Sage à Guevara, et une Table analytique dans laquelle on trouvera les indications nécessaires pour se rendre compte des emprunts que Le Sage a faits à l'auteur espagnol et des additions faites en 1726.
Enfin, j'ai reproduit les Entretiens des cheminées de Madrid et Une Journée des Parques, deux pièces qui par leur genre se rattachent au Diable boiteux, et qui, bien qu'elles lui soient inférieures en mérite, ne sont pas indignes de revoir le jour.
P. J.