L'intervention de l'agent provoqua des murmures et des réclamations.
—N'interrompez pas! N'interrompez pas!
—Laissez finir la représentation.
Et Vitalis essaya de faire comprendre à l'agent qu'il lui était impossible de museler les chiens et de continuer ses représentations. Le public approuvait Vitalis; il riait de l'agent, il riait surtout des grimaces de Joli-Cœur qui imitait les poses drolatiques du représentant de l'autorité. Exaspéré par tous ces rires, l'agent tourna brusquement sur ses talons en disant:
—Si demain vos chiens ne sont pas muselés, je vous arrête.
Et la représentation continua. Les spectateurs fort amusés donnèrent des sous, et même des pièces d'argent.
Ce soir-là, à souper, les chiens mangèrent du pain, de la viande, des os.
—Allez-vous acheter des muselières? demanda Remi à son maître.
—Ah, non! Je n'ai pas peur de la police. J'arrangerai les choses pour que l'agent ne m'arrête pas; j'arrangerai aussi les choses pour que l'agent nous procure une bonne recette et joue un rôle comique dans la pièce que je prépare. Cela donnera de la variété à notre répertoire. Tu iras seul demain à notre place avec Joli-Cœur; tu joueras quelques morceaux de harpe, et quand tu auras autour de toi un public suffisant et que l'agent sera arrivé, j'entrerai avec mes chiens.
Le lendemain, à l'heure fixée, Remi alla avec Joli-Cœur à la place ordinaire, attacha la corde et commença la représentation.