On prétend aussi que certaines essences, après abatage, se déjettent et se gercent ; mais on peut employer un moyen de conservation approprié, comme l’immersion dans certains liquides, les refentes, etc.

La dureté des essences guyanaises, si elle constitue une difficulté, n’est pas moins une qualité précieuse, et on trouve toujours des outils capables de venir à bout de la plus grande dureté.

On voit pourtant que ces difficultés nécessitent d’abord la présence d’un homme capable à la tête d’une exploitation de bois en Guyane, et ensuite de forts capitaux ; car il faut pouvoir exploiter en grand et sur une grande étendue de terrain. En outre, le simple transport de bois lourds à la côte est une entreprise ardue et coûteuse. Enfin, le transport de ces mêmes bois en Europe, et en grande quantité demande des navires assez grands, spécialement aménagés, et par suite très coûteux. Si des conditions de ce genre sont remplies, les bois de Guyane seront recherchés partout et constitueront une entreprise certainement très avantageuse.

Après avoir décrit les productions naturelles du sol guyanais, nous entrerons dans quelques détails sur l’état actuel de l’industrie et du commerce dans la colonie. Nous laisserons pour un autre chapitre la question des mines d’or et des richesses du sous-sol.

L’industrie est à peu près nulle en Guyane, en dehors de l’or, bien entendu. Il n’y a que quelques distilleries de rhum, qui sont en baisse continue, comme je l’ai exposé à propos de la canne à sucre. On peut dire qu’il se produit à peine en Guyane la quantité de rhum et de tafia consommée par la colonie.

La distillation du bois de rose se fait avec succès aux portes mêmes de Cayenne.

L’industrie des conserves de fruits ne fait que commencer. Entre des mains capables, on ne peut que lui prédire un brillant avenir, avec la quantité et la qualité supérieure des fruits qu’on récolte en Guyane.

Le commerce de la Guyane présente bien une augmentation, depuis le milieu du dix-neuvième siècle, sur l’ensemble des importations et des exportations. De 4 millions et demi, il a passé à 20 millions, dont les trois quarts avec la France et les Antilles, et le reste avec l’étranger. Il faut noter que c’est l’or qui forme la principale partie de ce commerce, et que, pour le reste, c’est avec l’étranger qu’il y a augmentation. Or, le tarif douanier de 1892 était loin d’avoir ce but en vue, de sorte qu’il faut en conclure que ce tarif est mal fait, puisque c’est l’étranger qui gagne le plus avec la Guyane : il importe pour 3 à 4 millions de marchandises, et la Guyane ne lui exporte que pour quelques centaines de mille francs. Presque tout l’or, du moins officiellement, va bien en France, mais la France le paye, et la Guyane n’en retire rien, car ceux qui le gagnent vont dépenser leur bénéfice en France et ailleurs : la Guyane ne dépense que les marchandises d’alimentation pour exploiter ses placers aurifères, marchandises qu’elle produit ou fait venir des pays voisins. Il y a bien le bénéfice des douanes sur la production aurifère, mais ce bénéfice, au lieu d’être dépensé en travaux utiles en Guyane, sert surtout à faire des gratifications !

Les importations sont : les boissons, provenant de France presque uniquement : vins, alcools, vermouth, bière, absinthe, etc. Le genièvre vient d’Allemagne.

Les farineux alimentaires proviennent de France pour la moitié ou un peu plus : la farine de froment vient surtout des Etats-Unis. Le maïs, le riz et les pommes de terre viennent du dehors, par moitié de la France et de l’étranger.