Quant à la main-d’œuvre pénitentiaire, d’abord, on n’autorise pas de la céder aux particuliers, sauf dans des cas bien exceptionnels ; ensuite, elle n’a pas donné, au point de vue pratique, de bons résultats. La main-d’œuvre, pour être productive, doit être libre. Or, dans le cas même des forçats libérés, on a été obligé de constater que le fameux relèvement moral par le travail est resté en Guyane à l’état d’utopie, sauf dans des cas bien rares. Les convicts d’Australie ont bien donné une preuve du contraire, à ce qu’il semble ; mais, en Guyane, il n’en est pas de même ; peut-être le voisinage des forçats et la vue du bien-être, des soins dont les entoure l’administration, comme du peu de travail qu’elle leur impose, expliqueraient-ils cette différence. En Australie, il en était autrement ; ce voisinage n’existait pas, et il fallait se tirer d’affaire, librement, mais il fallait. On s’en est tiré !
Quel que soit le plan de colonisation qu’on ait en vue, il faut qu’il soit poursuivi avec ténacité et même et surtout en profitant de ses erreurs. D’ailleurs, la Guyane ne manque pas d’hommes compétents ; pour n’en citer qu’un, dont j’ai déjà parlé, M. Théodule Leblond a proposé un plan très rationnel de mise en valeur de la Guyane. Un ministre, M. Etienne, a proposé aussi un plan très sensé d’utilisation de la main-d’œuvre pénitentiaire ; mais, en somme, avec beaucoup de bonnes idées, on n’a encore rien fait.
Attendons que la nécessité arrive, et l’on fera quelque chose ; on fera même beaucoup, car la terre guyanaise n’est que trop riche !
La mauvaise réputation de la Guyane date d’anciennes expériences de colonisation, qui ont eu des échecs retentissants. En 1763, on avait amené plusieurs navires d’émigrants ; il arriva jusqu’à douze mille apprentis colons, de toutes les classes de la société, qu’on débarqua sur la plage, sans abri, avec des vivres corrompus, et des eaux saumâtres pour toute boisson. La plupart en moururent ; les survivants fondèrent la colonie de Kourou, sur le Sinnamary, qui subsiste encore. Mais ce fut la catastrophe de Kourou.
De deux autres échecs, en 1768 et en 1780, sortirent encore les colonies de Tonnégrande et de Guizambourg ; mais, comme il y eut beaucoup de morts, ce fut encore regardé comme des catastrophes. Depuis lors se fondèrent les colonies de Macouria, en 1822 ; de Mana, en 1830, par des religieuses de Cluny, etc., autant de preuves du succès possible. Mais l’émancipation mal comprise retarda l’essor de la Guyane, et actuellement les mines d’or gênent le développement agricole de la colonie. Ces deux causes, lorsqu’elles auront disparu, laisseront la Guyane dans l’obligation de se tirer d’affaire, et nul doute, comme je le disais plus haut, qu’elle ne s’en tire brillamment.
CHAPITRE XVII
LES RICHESSES DU SOUS-SOL. — LES PLACERS
La constitution géologique de la Guyane française n’a pas encore pu être bien étudiée, parce que le pays lui-même est mal connu, et aussi à cause d’une raison spéciale à toute cette région sud-américaine. Le sol est formé jusqu’à une grande profondeur, non seulement et d’abord de terre végétale, mais ensuite des débris d’une roche décomposée de couleur jaunâtre et rougeâtre. Il n’y a pas de montagnes élevées et les affleurements de roche en place sont excessivement rares : il faut donc des travaux de mine véritables pour connaître le sous-sol ; or, les mines guyanaises, en dehors des placers, n’ont encore que des travaux sans profondeur véritable. Nous aurons l’occasion de parler de la seule mine qui ait atteint une profondeur appréciable.
Cependant, aux environs mêmes de Cayenne, et sur le littoral, il y a quelques affleurements de roches, et de même, dans les rivières, on en rencontre à toutes les petites chutes ou sauts qu’il faut traverser. Comme on passe souvent ces sauts à pied pour décharger les canots, on a pu sans peine examiner quelques roches.
Les roches reconnues jusqu’à présent en Guyane sont les suivantes, la plupart cristallines ou précambriennes, en tous cas, toutes sans fossiles :
Les gneiss, granitoïdes, amphiboliques, etc., et les micaschistes ;