D’autre part, on m’a cité des faits monstrueux qui se sont passés au bagne et qui évidemment doivent rendre difficile le métier de gardien. La répression doit être sévère, surtout qu’une révolte générale est toujours possible. La délation, m’a-t-on dit, peut être récompensée d’une manière exemplaire. C’est ainsi qu’aux îles du Salut, un détenu eut le courage de traverser à la nage le détroit rempli de requins pour prévenir les autorités. Il n’était que temps, et on m’assure qu’il fut mis en liberté.

Mais n’insistons pas sur ces pénibles choses qui jettent un si triste jour sur notre belle colonie ; il s’agit de la misère humaine qui afflige communément tous les pays civilisés ; le problème est difficile à résoudre, car les saints, qui en seraient seuls capables, sont de plus en plus rares. Revenons à la forêt vierge si intéressante et si riche, dont la flore et la faune auraient tant besoin qu’un vrai savant les étudie ; mais voilà, il le faudrait riche, de santé solide, et désintéressé. Je crois bien que, depuis les descriptions de Buffon, l’histoire naturelle de la Guyane n’a fait aucun progrès. C’est qu’avant une étude scientifique, il faut l’étude pratique du pays, il faut mettre en valeur les mines et tirer parti du sol autant que possible. Le renouveau industriel qui s’annonce pour la Guyane peut être le point de départ d’une ère plus prospère aussi pour l’agriculture. Les dragues employant moins de monde aux placers, il restera plus de bras disponibles pour cultiver la terre.

Car, malgré les déceptions qu’il a causées, le sol de la Guyane est fertile, au moins dans la région des savanes et jusqu’aux premières collines. Il en a donné des preuves avant la découverte de l’or, et les Guyanes voisines, qui ont le même sol, produisent en abondance le sucre et les fruits : les bananes sont un des gros revenus de la Guyane hollandaise. Ce n’est donc point une utopie que de parler des richesses de la Guyane et d’espérer qu’un jour peu lointain, grâce peut-être aux dragues, elles seront réalisées. Si d’ailleurs la France ne s’en souciait pas, peut-être l’Amérique du Nord ou le Brésil viendraient nous supplanter, tout comme les maraudeurs supplantent les propriétaires guyanais. On peut bien dire, en terminant, que la Guyane est encore la terra incognita.

FIN

TABLE DES GRAVURES

Pages
Fonçage par l’eau[17]
Forêt, près de Remire[33]
Escalier du Rorota[65]
La forêt en Guyane (crique Lézard)[81]
Presbytère de Remire[129]
Montjoly, près Cayenne[145]
Le four du placer Dagobert[161]
Église de Mana[177]
Montjoly, colonie des sinistrés de la Martinique[193]
Travaux des forçats dans le port, à Cayenne[209]
Environs de Cayenne[241]
Travaux près du port de Cayenne[257]
Au placer Élysée[289]
Drague en exploitation (placer Élysée)[305]

CARTE DE LA GUYANE

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

A Sully-L’Admiral

[I]

Chapitre I.— Premières impressions

[1]

  —

II.

— En voilier

[14]

  —

III.

— En canot sur l’Approuague

[28]

  —

IV.

— Le saut Machicou

[49]

  —

V.

— Le Grand Canory

[60]

  —

VI.

— Japigny. — La Fourca

[74]

  —

VII.

— Dans le bois. — Souvenir

[90]

  —

VIII.

— Aventuriers de mines

[107]

  —

IX.

— Départ de Souvenir

[124]

  —

X.

— Toujours en forêt. — Placers aurifères

[133]

  —

XI.

— Pratique et théorie

[147]

  —

XII.

— Le placer Dagobert

[162]

  —

XIII.

— Descente de la rivière Mana en canot

[172]

  —

XIV.

— Le bourg de Mana

[185]

  —

XV.

— Cayenne

[195]

  —

XVI.

— Les ressources de la Guyane française

[217]

  —

XVII.

— Les richesses du sous-sol. — Les placers

[254]

  —

XVIII.

— Les placers Elysée, etc., notes pittoresques

[287]