—Ni moi, repartit Katia en riant: je suis si peu femme!

—Tout le contraire d’une coquette,—et je le déplore!

—Pas de quoi! Il y en a bien assez, il y en aura toujours de trop, de ces poupées ... Une triste engeance!»

Alors âgée de trente-deux ans, Katia Mordasz ressemblait moins à une femme qu’à un gracieux éphèbe, dont les joues et le menton n’ont pas encore revêtu leur premier duvet. Les hanches saillaient à peine; la poitrine n’accusait aucun relief. Les cheveux, châtain clair, presque blonds, étaient coupés courts et divisés par une raie sur le côté,—tout à fait comme un garçon. Le nez fin et droit, très légèrement relevé à son extrémité, décelait la hardiesse et une invincible ténacité; la bouche était petite, délicatement dessinée; les lèvres minces, comme tracées au pinceau: autre symbole, assure-t-on, d’une grande énergie de caractère; l’œil bleu, ombragé de longs cils d’or, resplendissait de candeur et de générosité, d’insouciance et de témérité. Il y avait dans l’ensemble de cette physionomie, et principalement dans l’acuité et la sereine effronterie du regard, aussi bien que dans l’éblouissant éclat du teint,—un teint rappelant cette neige rose qu’on voit briller aux plus hauts sommets des montagnes,—je ne sais quoi d’anormal et d’exotique: à première vue, on reconnaissait la femme du Nord; on devinait une Polonaise, une Russe ou une Suédoise.

Outre ce teint merveilleux, Katia possédait une main d’une incomparable perfection, une main toute menue, toute mignonne, à la fois fine et potelée, vraie menotte d’enfant, qui faisait l’admiration de Veyssières, et n’était certainement pas étrangère au plaisir qu’il goûtait près de la jeune Slave, à l’attrait que Katia exerçait sur lui. Il était encore, comme tous ces pauvres hommes, si accessible aux charnelles considérations, si attaché à la vile matière!

Sans paraître en rien troublée par la présence de ce mâle qui reluquait malignement ses épaules et ses bras, Katia Mordasz terminait sa toilette, et, tout en endossant une jaquette d’intérieur, une vraie jaquette d’homme, elle continuait de déblatérer contre la vanité et la futilité féminines et maints préjugés et mensonges des peuples dits civilisés.

«Ce qu’on appelle la pudeur, par exemple, qu’est-ce que c’est? N’est-ce pas là un mot tout à fait vide de sens?

—Mais non, je vous demande pardon, répliqua Veyssières. La pudeur a sa raison d’être ...

—Allons donc!

—Elle a son charme, elle a ses agréments. Ce n’est pas si sot d’avoir inventé cette réserve et ces précautions. Nous avons, comme l’a si ingénieusement constaté le grand poète Sully Prudhomme, le mérite et le plaisir d’être: