—Ainsi, moi, je ne le suis pas du tout, et suis incapable de le devenir, oui, hélas! C’est là une de mes nombreuses infériorités. En revanche, je ne proclamerai jamais, comme Mmes Potarlot ou d’Héricourt, dans leur monomanie d’équivalence des sexes ou d’égalité à tout prix, que la femme n’aura bientôt plus besoin de l’homme pour être fécondée, qu’elle possédera prochainement tous les attributs physiques de la virilité, c’est-à-dire qu’il n’y aura plus de femmes sur terre, ce que je regretterai pour mon compte infiniment.
—Elvire a là-dessus des idées peut-être un peu ...
—Biscornues?
—Mais c’est une femme de cœur, de grand cœur!
—Je n’en ai jamais douté. Mais cela ne l’empêche pas d’aimer les coups, cela, et je vous assure qu’elle est servie à souhait, on ne peut mieux tombée, avec le brutal et ignoble protecteur qu’elle s’est donné, l’illustrissime Bellerose, Émilien Bellerose. Vous savez le mot qu’on lui attribue, à ce citoyen? «Les femmes sont comme les côtelettes: plus on tape dessus, plus elles deviennent tendres.» Ce qu’Elvire Potarlot doit être affectueuse ... et mollasse!
—Méchant!
—Est-ce que les sévices et corrections, chez vous-même, dans votre sainte Russie ...
—Permettez! Je ne suis pas Russe, mais Polonaise.
—Comme Lodoïska?
—Si vous voulez; mais, moi, cosmopolite, moi, errante et sans patrie, je me réclame de mon pays d’origine; j’y tiens, je l’aime, justement et peut-être uniquement parce qu’il est opprimé, parce qu’il est dépossédé, dépecé et malheureux. Je serai toujours, tant que je conserverai un souffle de vie, toujours, vous le savez bien, Séverin, pour le faible contre le fort, pour le pauvre contre le riche, pour la victime contre le bourreau, pour le spolié et l’immolé contre le voleur et l’assassin,—pour la Lorraine et l’Alsace contre l’Allemagne, pour l’Irlande contre l’Angleterre, pour la Pologne, l’infortunée Pologne, toute morcelée, déchirée et saignante, contre la toute-puissante et très sainte Russie, votre auguste alliée, mon bon ami. Si les hommes ne se prosternent que devant la force brutale et devant le succès, le succès bête, inique, ignoble et infâme; s’il vous convient, à vous, prétendu sexe fort, de donner l’exemple de la faiblesse et de la bassesse, de la servilité et de la lâcheté, c’est aux femmes, aux faibles femmes, et principalement à celles que vous appelez des folles, comme Elvire Potarlot et comme moi, de protester bien haut, et de vous huer par-dessus le marché. Ah! il est beau, ah! il est propre, votre gouvernement, messeigneurs! Je comprends que vous en soyez fiers, et que vous le prôniez et le défendiez! Maintenant reprenons. Vous me disiez, ou vous alliez me dire, qu’en Russie, les femmes du peuple et les paysannes surtout jugent de l’amour de leurs maris par le nombre et la vigueur des gourmades qu’ils leur distribuent?