—Il paraît, dit Veyssières. Il y a même chez chaque moujik, raconte-t-on, un fouet ou knout toujours provisionnellement suspendu au chevet du lit conjugal, à côté des saintes icônes.
—Et un proverbe russe affirme que «l’homme sage bat sa femme: seul, le monstre bat sa mère».
—Déjà—vous voyez combien l’usage est ancien?—Salomon nous avait avertis qu’«une bonne correction vaut mieux aux femmes qu’un collier de perles».
—Ah! votre Salomon! Vous le possédez sur le bout du doigt! Mais vous l’interprétez drôlement!
—C’est le truchement de la sagesse.
—Jolie sagesse! Ah! Séverin! Séverin!... Vous vous étonnez qu’en Russie et ailleurs, poursuivit Katia, la femme ne se rebiffe pas contre la violence, qu’elle la subisse même avec empressement, avec une sorte de fierté et de délice ... Mais, mon ami, réfléchissez donc que voilà des siècles et des siècles que l’homme s’ingénie à l’asservir et à l’abrutir, la femme; que forcément elle a dû perdre, elle a perdu, en maint endroit, la notion d’elle-même, de sa conscience et de sa dignité. Nous sommes là quelques-unes pour essayer de la lui redonner.
—Je préfère le rôle de votre voisine, de cette mère de famille, cette mère Gigogne ... Vous savez qu’on vient encore d’arrêter pour vagabondage les deux enfants, les deux petits jumeaux, de votre illustre confrère ou consœur Estelle de Bals?
—C’est très malheureux, mais que voulez-vous! Est-ce que le soldat qui fait le coup de feu à la frontière peut en même temps veiller sur son foyer?
—Voilà pourquoi le métier de soldat ne convient nullement aux femmes.
—Ou plutôt voilà pourquoi le rôle de mère ne convient pas aux femmes qui ont une cause à défendre et des combats à livrer.