—Le fait est, repartit Veyssières, que les enfants ne comptent pas beaucoup pour ces dames de l’Émancipation, et que les leurs tournent généralement de travers, comme les enfants mal élevés, peu soignés et abandonnés à eux-mêmes. La fille de Mme Nina Magloire s’est conquis au Moulin-Rouge l’élégant surnom de Georgette Patte à Ressort: c’est une de nos plus éminentes chorégraphes et cascadeuses. Mme Clotilde Lauxerrois n’a pas moins bien réussi dans sa couvée: ses deux filles ont toutes les deux pareillement déserté l’étroit sentier de la vertu. Mme d’Escars, dont l’héritière, sous le nom de Bath au Pieu, fait les délices ...
—Que voulez-vous prouver? Que Mme Magloire, Mme Lauxerrois, Mme d’Escars, aussi bien qu’Estelle de Bals, auraient plus sagement agi en s’abstenant de procréer? Je le reconnais: cela ne souffre aucun doute. Tant que la société ne sera pas autre, plus normalement aménagée, plus équitablement constituée, tant que le servage, le désordre et la misère seront le lot inéluctable et fatal du plus grand nombre, est-ce donc à accroître cette quantité de malheureux que nous devons nous complaire?
—La fin du monde alors?
—Sa transformation, mon ami, l’avènement de la justice: voilà ce que nous poursuivons. Et qu’importe que Mmes Magloire, Potarlot, Lauxerrois, de Bals, d’Escars, Bombardier ...
—Toute la fine fleur de l’Émancipation!
— ... aient mené ou mènent une vie agitée ...
—Pardon! Cela importe beaucoup à leurs maris et à leurs enfants.
—Précisément! Elles ne devraient avoir ni maris ni enfants. Toutes auraient dû rester libres.
—Comme vous?
—Comme moi.