—On peut en dire autant de toutes les époques.
— ... Dans toute bataille, il y a des blessés et des morts. La victoire ne s’achète qu’à prix de sang. Il faut que des générations entières paient de leurs souffrances et de leurs deuils le bonheur des générations futures. C’est le cas de ces femmes, de ces généreuses combattantes, dont vous évoquez si volontiers les tares et les malheurs. Qui se souviendra de ces menus détails, de ces insignifiantes et imperceptibles taches, lors du triomphe final?
—En attendant, je plains de tout mon cœur ceux de mes contemporains qui se trouvent accrochés ou mariés à ces héroïnes! riposta Veyssières.
—Vous mériteriez d’en épouser une, tenez! Ce serait votre châtiment.
—Vous savez, le mariage et moi ... Je suis comme vous, Katia; je suis partisan résolu du célibat ... peut-être pas tout à fait pour les mêmes motifs: non, ce serait trop m’avancer ... Mais, puisque nous sommes, vous venez de le dire, dans une époque de transition, je crois qu’il vaut mieux s’abstenir, jusqu’à des temps meilleurs.
—Vous riez, vous vous moquez; mais vous avez beau faire, vous n’empêcherez pas cet avènement.
—Dieu m’en préserve! Et qui vous rend si sûre, chère amie, de l’éclosion de cet âge d’or?
—Ma foi dans la vérité et la justice. Nous sommes le progrès ...
—Euh! Euh!
— ... Et l’humanité ne rétrograde pas. Appelez-nous socialistes, communistes, anarchistes, nihilistes, peu importe! Nous appartenons tous et toutes à la même immense armée ...