Comme nombre de femmes, Elvire croyait faire acte de bravoure en frondant l’opinion et s’insurgeant contre l’universelle réprobation. Et puis, au fond d’elle-même, peut-être ne lui déplaisait-il pas non plus de se dire que c’était à elle, humble représentante du prétendu sexe faible, que cet homme devait sa subsistance; que, malgré les sévices et voies de fait, en dépit de tout, c’était elle qui avait ici le rôle du fort et du mâle: cela chatouillait son amour-propre et la piquait d’honneur.
Maintes fois telle ou telle de ses amies, de ses plus intimes, avait tenté de l’arracher à cet ignominieux servage.
«C’est de l’aberration, ma chère! Si encore cet être-là vous aimait! Mais pas du tout! C’est votre argent qui le retient et qu’il convoite; il est en train de vous mettre sur la paille ...
—Baste!
—Oui, vous vous en moquez, soit! Mais, en perdant cette fortune dont vous faites si bien fi, vous le perdrez, lui, à qui vous tenez tant, je vous en préviens. Mieux vaudrait donc le quitter en conservant votre argent: c’est le bon sens, la raison qui vous le disent.
—Le cœur a des raisons ...
— ... que la raison ne connaît pas, je le sais. En attendant, vous vous déconsidérez, Elvire, vous vous déshonorez avec cet individu.
—Non.
—Si, je vous assure. Les journaux, à tout moment, font allusion à votre situation.
—Elle ne serait pas ce qu’elle est, ma situation, que les journaux en parleraient tout de même aussi méchamment, en termes aussi perfides.